Summer of love
juillet 26th, 2005La Tate Gallery de Liverpool propose jusqu’au 25 septembre 2005 la première rétrospective d’art psychédélique : Summer of Love. Art of psychedelic Era. Cette exposition, qui ne semble pas avoir attiré l’attention de l’hexagone jusqu’à présent n’est pas aussi éloignée de notre objet qu’il n’y parait au premier abord. J’en dirai donc quelques mots. L’esthétique psychédélique, largement négligée par l’histoire de l’art, s’inscrit dans la contre-culture britannique et américaine des années 60-70. Elle illustre l’esprit de libération résultant d’une conjoncture particulière qui a favorisé l’interaction hautement productive entre l’art, la technologie, la communication, la politique, la musique, l’utilisation et le détournement de la consommation de L.S.D (Acronyme de Lysergic Acid Diéthylamide).
Les usages du L.S.D
La première partie de l’exposition (rdc) et son excellent catalogue développent principalement le contexte social et politique du phénomène émergeant de la consommation de L.S.D d’abord confidentielle (tests, initiation) puis largement popularisée. Découvert par deux chimistes Suisses en 1938, il fait l’objet de nombreux tests par la C.I.A à partir de 1950/1951 pour le projet de « Mind Control Project » après la découverte fortuite des propriétés hallucinogènes de la substance (1943). Les psychiatres l’expérimentent également dans les soins des malades mentaux. Testant la substance au Canada, le psychiatre Mumphrey Osmond évoque, dans une lettre à Aldous Huxley daté de 1956, le terme de psychodélic (qui forgera le terme psychédélique). L’expérience psychédélique (le fameux Acid trip) détourne cet outil de soin ou de contrôle à des fins de subversion de l’ordre social (et sa division du normal et du pathologique). Un certain nombre de figures (ou de gourou comme le fameux Dr. Thimothy Leary et ses expérimentations qui entraîneront son exclusion de l’université d’Harvard) diffuseront cet usage bien après son interdiction légale en octobre 1966. Aldous Huxley, quant à lui, entendait réserver son usage mystique à une élite d’initiée…
Le style psychédélique
Le style psychédélique (1966), développé dans la seconde partie de l’exposition (Premier étage) se caractérise par l’expansion de la forme, de la couleur (couleurs acides, jeux colorés (Light Shows), des supports et de l’espace (distorsions de la perception sous l’effet de l’hallucinogène). Cette esthétique fut reléguée au royaume de l’aberration stylistique et du mauvais goût, à un moment où la situation artistique est dominée par les radicalités minimalistes et conceptuelles. C’est ainsi que pour leur exubérance formelle, de nombreux artistes (comme Abdul Mati Klarwein A Grain of Sand, 1963-5 à voir absolument) furent institutionnellement sanctionnées au nom d’un manque de "substance". La nature transgressive de l’art psychédélique s’est aussi manifestée au travers d’évènements comme les fameux light show organisés par Bill Ham, Mark Boyle (e.g. lors d’un concert des Pink Floyd en 1967) ou Joshua White, d’environnement, d’installations et de films dont le projet interrogeaient les qualités de l’expérience perceptuelle. Elles furent pourtant considérées comme la manifestation décadente de la culture de masse.
Interrogeant les raisons complexes de l’oubli institutionnel de l’expérience psychédélique, cette exposition dévoile des enjeux aussi multiples que profonds. A voir pour sa qualité et sa pertinence.