Surveiller, punir et…soigner ?
août 10th, 2005Petite revue de presse concernant les évasions de détenus hospitalisés. Questions : peut-on � la fois surveiller, punir et soigner ? Si oui, quel sera l’ordre du tiercé gagnant… Si non, que faire ? Que faut-il penser des unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) qui seront réservées aux détenus présentant des pathologies psychiatriques ? Bonne occasion de débattre du problème de la prise en charge des personnes détenues en milieu psychiatrique versus des malades mentaux détenus en milieu carcéral.
Confusion
« Jean-Claude Laumonier, secrétaire du syndicat CGT (…) considère que ces évènements « mettent en lumière la confusion entretenue par la législation sur la mission de la psychiatrie. Un établissement de soin n’est pas une prison ». » Infocéane.com, Le Havre,Normandie, Lundi 8 août 2005 et comentaire d’Etienne Banzet, “Le CHS du Rouvray confronté � une augmentation du nombre de détenus hospitalisés d’office”, Le Monde, Jeudi 11 Aout 2005
“(…) nous devons faire face � une augmentation incessante de nos missions. Les progrès réalisés en psychiatrie font que toute une catégorie de population fait désormais appel � notre discipline. Parce que c’est considéré comme moins honteux et moins infamant que par le passé. Nous prenons en charge des personnes âgées, des gens en situation de précarité.” Xavier Ternisien, “Nous souhaitons éviter une perception strictement sécuritaire des difficultés actuelles”, Le Monde, Jeudi 11 Aout 2005
Clarification
Un article de Henri Loô & Jean-Pierre Olié, « La décision de justice face � la maladie mentale », Le Monde, 10 août 2005, tente de clarifier les fonctions de l’expertise psychiatrique censée orienter les auteurs d’un acte criminel vers la structure la plus adéquate. Comment décider efficacement s’il faut punir (prison) ou soigner (hôpital psychiatrique) ? La confusion « soigner en prison » vient en effet du fait que certains auteurs d’actes criminel sont déclarés « malades » et « responsables » en fonction de critères peu fiables. La solution préconisée est de « recentrer la mission des experts [et] leur demander de répondre en fonction de la définition des maladies mentales validée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ». (Allusion au CIM, Classification Internationale des Maladies qui ne se limite pas comme le DSM IV aux maladies mentales). De cette façon, « ce qui est identifiable comme maladie mentale relève d’abord de la psychiatrie ». Soigner la dangerosité liée � une maladie mentale deviendrait alors la priorité.
Des réponses sans questions
Le ministère de la santé interprète la situation en aval : trop de détenus dangereux dans les services spécialisés, peu de moyens. Réponse : réunion de crise, le ministre de la santé Xavier Bertrand rassemble 130 directeurs de centres spécialisés. Mesure phare (déj� incluse dans le Plan santé mentale) : plus de sécurité…
Comme, par exemple, « (…) doter tous les établissement psychiatriques de boîtiers d’alarme individuels. » Christine Ollivier, « Hôpitaux psychiatriques: Xavier Bertrand décide d’accélérer l’application du Plan de santé mentale », Le nouvel Observateur, Mardi 9 août 2005
« Pour améliorer la sécurité des hôpitaux psychiatriques et calmer les inquiétudes après la récente série d’évasions de détenus potentiellement dangereux, le ministre de la Santé Xavier Bertrand rencontrait hier quelques 130 directeurs de centres spécialisés. Ensemble, ils ont évoqué plusieurs pistes, dont des «investissements en matière immobilière», avec la mise en place de liaisons directes entre les services d’urgence et le commissariat ou la gendarmerie, l’installation de dispositifs individuels de téléalarmes, l’amélioration de la sécurité des bâtiments et le recrutement de personnel de sécurité. » Cécilia Gabizon, « Moyens accrus pour la sécurité des centres psychiatriques », Le Figaro , Mercredi 10 août 2005.
Résumé de l’intrigue : écouter, rappeler (les mesures du plan), rassurer (sur l’application des mesures du plan) accélérer (les mesures du plan). Cf. Didier Arnaud « Bertrand se pose en garde-fou des hôpitaux psychiatriques », Libération, mercredi 10 août 2005. Cf. S.B «Xavier Bertrand fait du vent autour de la santé mentale », L’Humanité, jeudi 11 Août 2005. Faut il en conclure : « don’t panic, Everything is under control ? »
Des Questions sans réponses
“A ce propos, les récents événements mettent au premier plan la question de la violence dans les établissements psychiatriques. Est-ce la bonne porte d’entrée pour aborder les difficultés de la psychiatrie ?
La plupart des patients que nous suivons ne sont pas violents, ce qui ne veut pas dire que certains ne le soient pas parfois. Mais j’insiste sur le fait qu’il faut éviter un dérapage médiatique qui consisterait � assimiler le patient psychiatrique � un individu dangereux.” Xavier Ternisien, “Nous souhaitons éviter une perception strictement sécuritaire des difficultés actuelles”, Le Monde, Jeudi 11 Aout 2005
« De son côté, l’intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (Idepp) a jugé lundi “indispensable de donner aux soignants” dans les hôpitaux psychiatriques “les moyens institutionnels et humains de répondre � leur mission”.
“Attention � ne pas apporter de fausses réponses aux vraies questions que nous pose la psychiatrie d’aujourd’hui � travers le problème de la sécurité”, a-t-elle par ailleurs mis en garde. » « Sécurité en psychiatrie: le ministre de la Santé reçoit mardi des directeurs », AFP, Mercredi 10 août 2005.
En effet :
“Le but de cette surmédiatisation du manque de «sécurité» dans les hôpitaux publics est limpide : sécuriser les hôpitaux psychiatriques pour y enfermer les «fous dangereux» surveillés par des infirmiers-gardiens, et laisser au privé l’activité (lucrative) des soins ambulatoires ou des alternatives � l’hospitalisation (les textes en ce sens sont prêts et les décrets en cours de publication)… qu’un tour de passe-passe rendra soudainement rentables ? Tout cela au détriment d’une vraie politique de secteur, de la continuité des soins, du lien thérapeutique.” Emmanuel Digonnet et Marie Leyreloup, “Psychiatrie : un délire sécuritaire lucratif”, Libération, mardi 30 août 2005
Dernière mise � jour : mardi 30 août 2005
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