Humour sociologique
Lundi, février 6th, 2006Le sociologue Marc Loriol propose dans la collection “Mots & Cie” (édition Mango Litterature, 2006, 92 pages) un dictionnaire mi-figue mi-raisin : Je stresse donc je suis. Comment bien dire son mal-être.
“Une mise au point s’impose une époque où il est de bon ton de se dire stressé sous peine de passer pour un légume du siècle dernier. Ce petit dictionnaire, qui croise les approches scientifiques, sociologiques et historiques, vous aidera mettre une étiquette médicale sur vos bobos. Ceci pour leur donner davantage de lustre, vous attirer la compassion de votre entourage (en comptant sur son empathie, autre valeur contemporaine !), voire, peut-être, décrocher un arrêt-maladie bienvenu pour visiter Venise hors saison.” (pp.8-9).
A la notice “souffrance”, chapitre “Vous aimez qu’on vous dorlote ” (pp. 68-69), on trouve :
“Issu de la psychanalyse, le terme évoque une certaine compassion, et c’est tout son avantage. Contrairement l’individu stressé, celui qui souffre est perçu comme une victime (du système, de l’entreprise, du patron, de sa famille ou de la canicule). A la rigueur, même, sa souffrance est saine : une réaction humaine et normale face l’inacceptable, l’intolérable, presque un engagement politique !
Sociale (le résultat de conditions de vie ou de travail dégradantes) ou morale (lorsque l’individu est poussé agir contre ses convictions), la souffrance a gagné ses lettres de noblesse scientifiques grâce l’engagement d’intellectuels comme le sociologue Pierre Bourdieu ou le psychiatre Christophe Dejours. Depuis, tout le monde s’accorde sur ce point : la souffrance doit être écoutée. Non qu’elle ait des choses intéressantes dire. Mais parce que la victime a le droit d’être entendue. ”
Voir aussi “Vapeur”, “Stress”, “fatigue”, “burn out” et “la névrose des téléphonistes”, etc.