Déviance & Santé mentale

octobre 2nd, 2006

Quelle est la fonction sociale de la psychiatrie ? Nombre de sociologues critiques ont répondu sans hésitation : une forme de contrôle sociale. Mais les psychiatres ne sont pas des agents naïfs sans distance leur rôle. Entre la fonction, ce qu’ils font et ce qu’ils acceptent de faire, il y a d’incessantes tensions et négociations. Ce sont donc aussi des acteurs politiques.

Je n’ai pas entendu beaucoup de sociologues proposer une analyse, sinon une critique, du volet psychiatrique du projet de loi sur la prévention de la délinquance (e.g. Pierre Billion ) .

Il me semble que les organisations de psychiatres furent parmi les premieres s’insurger. L’Union Syndicale de la Psychiatrie lance une mobilisation contre ce projet pour “dénoncer l’instrumentalisation de la psychiatrie ” et la “la confusion ” entre des formes de déviances très différentes (“délinquance, précarité, fragilité, absentéisme scolaire, santé mentale voire immigration ”)….

16 Responses to “Déviance & Santé mentale”

  1. nicolas Says:

    On peut citer l’analyse d’ALAIN EHRENBERG “Malaise dans l’évaluation en santé mentale”. Cf. site du CESAMES ou Revue Esprit.

    A mon avis il conviendrait de ne pas mélanger deux choses : le projet de détection précoce des troubles “psys” et la recherche d’une action préventive des troubles sociaux. L’amalgame est permanent et a été entretenu par les propos assez édifiants en ce domaine du pré-rapport sur la délinquance. Si les questions sont mal traitées, elle reste sicentifiquement légitime surtout si on sait que beaucoup de jeunes n’accèdent pas des traitements et des aides en raison de leur situation sociale (le fait d’habiter en zone rurale est d’ailleurs aussi un handicap en terme d’accès aux soins).

    Plusieurs logiques sont l’oeuvre, y compris dans la perméabilité du langage politique au langage médical en raison de son efficacité sur les personnes l où les politiques peinent trouver un impact dans la construction d’un monde concret et cohérent.

    Je doute qu’il ne s’gisse que d’une politique machiévélique. Il s’agit plutô du résultat de plusieurs tendances.

    Ce rapport pose un problème plus large de la question de l’évaluation comme le formulent les “anti-OGM” qui dénoncent un manque de participation citoyenne dans les choix fait par les experts qui se substituent aux décideurs.

    De ce fait une question subsiste : qui évalue, comment, pourquoi et dans quel but.

  2. Samuel Lézé Says:

    Merci.

    Oui, c’est pourquoi par “analyse” j’entendais surtout “sociologie de la déviance”. Ce domaine de recherche offre des outils (certains classiques, d’autres discutables) pour rendre intelligible les dimensions sociales de l’expertise. Ce n’est pas nouveau. A cet égard, il convient de faire une relecture du classique “Deviance and Medicalization. From Badness to Sickness” de Peter Conrad and Joseph W. Schneider. Et plus particulièrement, “Identifying Hyperactive Children: The Medicalization of Deviant Behavior (Ashgate Classics in Sociology) de Peter Conrad.

    L’analyse d’Alain Erhenberg est librement accessible cette adresse : http://www.cesames.org/spip/IMG/Malaise_dans_l_evaluation.pdf
    L’objectif de cet article est de “(…) clarifier le débat en précisant en quoi consiste cette expértise en Santé mentale et ce qu’elle devrait être” (p.90). En filigrane, il faut y lire un étonnement : l’INSERM est sourde aux services que pourraient leurs rendent les sciences sociales. Cf. aussi l’article “Santé mentale, trouble de l’évaluation” (paru dans Liberation le 05 mars 2006 : http://www.squiggle.be/index2.php?option=com_content&do_pdf=1&id=209#search=%22Alain%20Ehrenberg%20Lib%C3%A9ration%20INSERM%20expertise%22

    Un “dossier de presse” se trouve ici:
    http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org/rubrique.php3?id_rubrique=4

  3. Fabrice Fernandez Says:

    Oui, et cette surdité est d’autant plus problématique que de nombreux sociologues appartenant l’INSERM ou travaillant avec lui, récusent le rapport sur la prévention de la délinquance (signant la pétition mais pour la plupart se gardant bien d’analyser en profondeur les mécanismes qui mènent la production de ce type d’expertise).
    La médicalisation de la déviance renvient donc sur le devant de la scène, il ne s’agit pas d’un complot mais d’une tendance (qui n’est pas nouvelle) de la psychiatrie rechercher de nouveaux terrains ou élargir son champ d’intervention et qui trouve dans le traitement de la délinquance un espace où elle a acqui en France une légitimité somme toute bien souvent contestable (je pense ici la toxicomanie notamment). Cet espace “libre” est directement le produit d’un refus du politique prendre bras le corps la question des inégalités sociales et de l’insécurité sociale (pour reprendre les termes de Robert Castel).
    La question n’est donc pas de savoir si ” les questions mal traitées, restent scientifiquement légitimes” mais si les questions mal posées et les réponses qui y sont apportées par certains “experts”, doivent continuer d’être traitées par les politiques comme des programmes pour rétablir l’ordre et la sécurité. Dans ce cadre, la loi de prévention de la délinquance, qui n’a de préventif que le nom, mélange bien ce qui relève des troubles “psy” avec ce qui relève des “troubles” sociaux et de l’ordre public. Plus largement, les réactions politiques aux émeutes des banlieues l’ont encore confirmé : la confusion entre ordre “psy”, ordre public et ordre social continue de se propager.

  4. Samuel Lézé Says:

    Merci.

    Difficile de dire mieux.

  5. nicolas Says:

    Nous disons donc la même chose. Certaines questions sont toutefois mal traitées car traitées dans la finalité de répondre la logique d’ordre public comme je le soulignais or la logique d’expertise est technique l où le politique exerce selon des valeurs.

    Les questions sont donc scientifiquement légitimes mais dévoyées par les usages qui en sont fait et les amalgames de tous ordres, les craintes du big brother. Je pense par exemple la détection précoce de troubles schizophréniques qui donnent lieu tous les fantasmes d’éviction sociale, de stigmatisation et de psychiatrisation du social. Sur le plan des inégalités, les troubles mentaux font bonne figure sur le plan de l’inégalité de l’accès aux soins, en tant qu’accès aux structures et suivi du traitement. Or la logique de détection précoce vise réduire la DUP ou Duration of Untreated Psychosis dont l’épidémioogie a montré qu’elle déterminait l’avenir du patient et le recouvrement des troubles, donc son insertion sociale. Ceci est donc une question technique sans autre prétention.

    Historiquement, il faut savoir que le partage entre la psy et la justice des mineurs est un état d’équilibre précaire. A la sortie de la seconde guerre mondiale, un débat a eu lieu et ce n’est que de peu que la justice des mineurs ne soit passée dans le domaine de la psychiatrie infanto-juvénile donc sous la coupe du Ministère de la Santé.

    Mais que recoupaient ces catégories par rapport celle d’aujourd’hui?

    Qui connaît réellement les jeunes accueillis dans les structures de protection de la jeunesse ?

    Aux mineurs issus du monde rural, on aurait aujourd’hui des mineurs ayant vécu des situations de déracinement même né français mais dans des quartiers de relégation et dont l’histoire individuelle se “fait” sur trois continents.

    Le niveau de tolérance la violence n’a pas bougé mais la déviance n’est plus pris en charge de la même façon par les groupes sociaux.

    Le contrôle social a t’il le même sens aujourd’hui qu’au temps de Marx ou Foucault ou lors de la grande vague psychologisante décrite par Castel ? Je ne crois pas qu’il s’exerce de la même façon dans tous les milieux ni chacune de ces époques.

    Ne faisons pas de la Psychiatrie une “big machine” homogène, avec une vision totalisante qui n’aurait qu’un but de contrôle social. La désinstitutionnalisation est passée par l et la discipline est la première a s’autocensurer l où de nombreux secteurs de la société n’ont pas encore un rapport trés claire avec l’histoire du contrôle sociale (ex: la prison, les forces de police, la justice…).

    Que désigne t’on par la catégorie psychiatrie ? Le vocabulaire est trop totalisant pour ne pas laisser penser qu’il existe une multitude de sous-tendances. Ne mélangeons pas les injonctions faites la psychiatrie et ce qu’elle propose. Nous serions loin du compte.

    Ma thèse est qu’il n’existe une confusion entre ordre psy, ordre public et ordre social que dans le sens commun et qu’il faut aussi tenir compte des effets adverses de tendances sociologiques profondes (individualisme, multiculturalisme…) qui transforment les modalités de l’action publique et les enjeux de pouvoir (émergence de nouveaux centres politiques…) et des attentes des citoyens qui attendent du politique qu’on les traite individuellement et non comme une catégorie homogène (le peuple….) d’ù la recherche par le politique d’un mode d’action payant sur l’individu : le modèle de l’action médicale.

  6. Samuel Lézé Says:

    Je ne suis pas certain de bien tout comprendre. Je vais essayer de résumer la discussion en explicitant les choses du point de vue de ce qui est sociologiquement pertinent :

    1. Il y a des politiques qui veulent étendre le mandat social de la psychiatrie. Cette extension est basée sur une confusion qui peut s’analyser avec les outils de la sociologie de la déviance : « la loi de prévention de la délinquance, qui n’a de préventif que le nom, mélange bien ce qui relève des troubles “psy” avec ce qui relève des “troubles” sociaux et de l’ordre public ». Mais peut-on dire que la « confusion entre ordre psy, ordre public et ordre social que dans le sens commun » ? Non, puisqu’il s’agit justement d‘un discours expert. L les outils de la sociologie des professions sont intéressants mettre en œuvre : « la tendance (qui n’est pas nouvelle) de la psychiatrie rechercher de nouveaux terrains ou élargir son champ d’intervention et qui trouve dans le traitement de la délinquance un espace où elle a acquis en France une légitimité somme toute bien souvent contestable ». Il y a d’une part des psychiatres critiques (qui rappellent, en outre, les limites de leur mandat social et la fonction thérapeutique de la psychiatrie) et il y a des psychiatres qui veulent « rendre service ». Les études empiriques que nous avons montrent assez clairement qu’il s’agit d’une histoire de génération (les entrants et les déclassés des générations antérieures) et de stratification (ce sont les postes les moins nobles) (Cf. http://lhomme.revues.org/document2316.html ; http://www.ssd.u-bordeaux2.fr/faf/derniere_ed/articles/langumier.htm). Ensuite, il y a une convergence entre des politiques et des professionnels qui font valoir la science et l’efficacité pour faire valoir leur utilité sociale… L , il faut débuter une analyse de sociologie des problèmes sociaux.
    2. « la logique d’expertise est technique l où le politique exerce selon des valeurs », Alain Ehrenberg montre justement que cette distinction est fallacieuse : « Or, ici, il est impossible de séparer les faits des valeurs, parce que justement ce sont des «faits de valeurs», comme l’absence d’empathie, qui sont l’objet de ce rapport. La distinction fait-valeur est une thèse métaphysique, et le service d’expertise collective fait de la métaphysique comme monsieur Jourdain de la prose » (cf. « Santé mentale, trouble de l’évaluation, Libération le 05 mars 2006). Choisir de détecter de façon précoce les troubles schizophréniques est un choix politique de santé mentale (mieux prendre en charge, réduire l’inégalité d’accès au soin) qui a une pertinence thérapeutique pour les professionnels. D’un point de vue sociologique et ethnographique, il est intéressant de voir comment cette « détection » s’opère en situation et qu’est-ce qu’on entend par « troubles schizophréniques ». L encore, les outils de la sociologie de la déviance sont pertinents pour une étude dans le détail des négociations l’oeuvre au sein de cadres moraux spécifiques. Évidemment, il faudrait ajouter au tableau que l’inégalité d’allocation des ressources (en argent, locaux, personnel) est aussi un choix politique (implicite et contradictoire avec l’idéal de prévention primaire) qui rend difficile au quotidien le travail thérapeutique de bien des unités de soin.

  7. Fabrice Fernandez Says:

    Tout fait d’accord avec Samuel, je rajouterai que les sociologues n’ont pas pour mission principale de se positionner, leur tour, comme expert mais plutôt d’étudier les conditions sociales de production de ses experts et de leurs logiques d’expertise.
    Ensuite la crainte du « Big Brother » me paraît être aujourd’hui un véritable mirage intellectuel. Qui parle aujourd’hui de Big Brother concernant la psychiatrie? Par ailleurs il serait heureux de ne pas confondre “stigmatisation”, “éviction sociale”, “psychiatrisation du social” et totalitarisme. Que les formes de contrôles sociaux aient changé me semble une évidence, il n’en demeure pas moins présents. Dans ce cadre que le secteur psychiatrique participe différentes formes de contrôle social et ce différent niveaux me semble peu contestable même si ce n’est pas l’objectif qu’il s’assigne publiquement. Il n’y a qu’ regarder concrètement le travail des SMPR en détention. D’ailleurs de nombreux psychiatres le reconnaissent eux-mêmes, ainsi Bernard Mery appartenant au Secteur de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire (SPMP) déclare : « Le constat de la présence de malades mentaux en nombre en prison interroge sur l’évolution de la discipline psychiatrique au regard de la clinique et des pratiques de soins, de la demande sociale et politique, des contraintes médico-économiques. Dès lors, que veut dire soigner en prison et jusqu’ quel point ? Si personne ne contestera que la mise en place et l’étoffement progressif du dispositif de soins psychiatriques aux détenus ont été un progrès, un constat s’impose : la présence des soignants en psychiatrie en prison est venue cautionner la détention de plus en plus fréquente de malades mentaux délinquants » [lire]
    D’autre part j’ai le regret de dire que le processus de stigmatisation des malades mentaux loin d’être un fantasme et toujours bien présent, même si certains « experts » parlent de déstigmatisation concernant le passage dans certaines structures « psy». Cela mérite de s’y attarder lourdement. De plus, il me semble imprudent de considérer l’épidémiologie comme une science technique neutre et la sociologie comme une science partisane obnubilé par le totalitarisme, les sociétés disciplinaires, Big Brother ou je ne sais quelle référence marxiste ou foucaldienne.
    En outre, je ne pense pas que “la justice des mineurs est passé dans le domaine de la psychiatrie infanto-juvénile donc sous la coupe du Ministère de la Santé”. Je rappelle que la justice des mineurs comprend le secteur public de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et les services éducatifs auprès des tribunaux (SEAT) l’intérieur desquels nous trouvons : les foyers et centres d’action éducative, les centres d’action éducative en milieu ouvert, les centres de jour, les centres éducatifs fermés, les centres éducatifs renforcés, les centres de placement immédiat auquel il faut rajouter le secteur associatif habilité. Les services de protection de l’enfance comprennent quand eux les services départementaux d’action sociale ou services sociaux polyvalents qui ont pour mission « d’aider les personnes en difficulté retrouver ou développer leur autonomie », les services départementaux de protection maternelle et infantile (PMI) qui est un service de protection médico-sociale des femmes enceintes et des jeunes enfants de moins de 6 ans, les services départementaux de protection maternelle et infantile (PMI) qui est un service de protection médico-sociale des femmes enceintes et des jeunes enfants de moins de 6 ans. Enfin la protection sanitaire de l’enfance s’exerce également par l’intermédiaire de la commission départementale d’éducation spéciale (CDES) qui détermine les besoins des enfants et adolescents handicapés ainsi que par le secteur de psychiatrie infanto-juvénile qui est déclaré compétent pour tout ce qui concerne la santé mentale des enfants et adolescents. La question est donc de savoir ce que l’on fait rentrer dans le domaine de la « santé mentale », et dans ce cadre le terme de « trouble » (du comportement, social, etc.) me semble bien commode pour traiter des questions qui relèvent d’un autre ordre, celui de l’ordre social.

  8. nicolas Says:

    Effectivement.

    Je voulais juste souligner dans quelle mesure on peut utiliser des concepts tels que “contrôle social” ou “psychiatrie” sans les avoir un tant soit peu définis au préalable et donc les avoir observés “en situation”. Alain Ehrenberg souligne le manque d’étude concrète sur la psychiatrie telle qu’elle se passe réellement au lieu de l’observer au travers des rapports publics.

    Nous sommes donc sur la même ligne d’analyse, simplement je pensais vous soumettre l’idée que des paramètres jusque l un peu écartés dans les enquêtes tels que l’origine et le sentiment d’appartenance ethnique ou régional, les croyances… font que la désignation des troubles, les négociations en oeuvre ne sont pas similaires partout.

    Je pose une question :
    Faut-il parler uniquement de déviance lorqu’on parle de maladie ou trouble psychiatrique, ne s’agit il pas aussi d’un “projet” construit pour réintégrer le “malade” ?

    Il existe une certaine forme de socialisation par la maladie et l’acculturation de nouvelles normes. Il est toujours cocasse de constater que certains malades savent trés bien utiliser le cadre psychiatrique malgré des troubles sévères authentiques.

    Je reste toutefois méthodologiquement méfiant concevoir qu’il existe des logiques globales et la sociologie de la santé mentale n’est pas que celle de la relégation sociale ou du contrôle des individus. Au contraire on aurait tout intérêt montrer les répercussions de ces débats dans les modes de désignation et les attentes envers les “malades mentaux”. Les attentes thérapeutiques ne sont pas éloignées des attentes qui se font pour les individus en général : autonomie, injonction de trouver un sens sa conduite, contrôle de sa destinée.

    Je souligne votre intervention concernant la désignation des problèmes sociaux dont la logique repose en partie sur le maintien de l’identité professionnelle ou le partititionnement administratif. De nombreux travaux américains les montrent dès les années soixante.

    Cf. Scott (1969), The making of Blind Men, New York : Russel Sage Foundation.

    Schneider J.W (1985), Social Problems Theory : The constructionnist view : Annual Review of Sociology, 11, 209-29.

  9. nicolas Says:

    Pour répondre Fabrice, je vous renvoie au livre de Michel Chauvière où il expose comment le débat sur l’enfance inadapté et l’enfance délinquante a failli faire passer l’ensemble de ces questions sous la coupe du Ministère de la Santé après 1945.

    Ce qui n’est pas bien sur arrivé et qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

    Chauvière, Michel Enfance inadaptée, l’héritage de Vichy.. - : Ed. Ouvrières, 1989

    ******

    De plus, il me semble imprudent de considérer l’épidémiologie comme une science technique neutre et la sociologie comme une science partisane obnubilé par le totalitarisme, les sociétés disciplinaires, Big Brother ou je ne sais quelle référence marxiste ou foucaldienne.”

    Soyons clair et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

    Je n’ai jamais dit que l’épidémiologie était une science neutre, au contraire comme le montre les travaux de Luc Berlivet.

    Cf. BERLIVET L. (1995) Controverses en épidémiologie, Production et circulation de statistiques médicales, Mire, Juillet 1995.

    Je dis enfin que l’on ne peut pas faire fi de l’histoire des idées sociologiques sur le contrôle social et que la sociologie si elle veut avancer doit en tenir compte. Les références tels que Marx (et pas ses accolytes…) ou Foucault, existent et il faut en tenir compte.

    Je n’ai jamais dit que la sociologie était une science partisane même si la neutralité axiologique est dure obtenir.

  10. Samuel Lézé Says:

    Merci. Le débat est dynamique et se clarifie.

    Oui, il manque d’enquête ethographique qui montre les acteurs et les situations en action. Mais heureusement de nombreuses enquêtes indépendantes sont en cours de réalisation ou de publication en France.

    A la question : “Faut-il parler uniquement de déviance lorqu’on parle de maladie ou trouble psychiatrique, ne s’agit il pas aussi d’un “projet” construit pour réintégrer le “malade” ?” la réponse est liée la construction de son objet et de sa perspective. Lorna Rhodes, par exemple, a fait des analyses en terme de déviance (Total Confinement) et en terme de “projet thérapeutique” (Emptying Beds). Dans les deux cas, des valeurs (positives ou négatives) sont impliquées. Par ailleurs, mais ce n’est pas un scoop, une des lignes de recherche de la sociologie de la santé fait l’hypothèse que la maladie est une figure de la déviance. C’est assez fécond pour ne pas négliger cet outil analytique.

    Oui en effet, la sociologie des problèmes sociaux est classique aux USA. Sous nos latitudes, il y a encore des études faire!

  11. Fabrice Fernandez Says:

    Merci Nicolas de préciser ton propos que je n’avais pas trouvé très clair (d’où mes remarques) mais encore une fois je trouve ta manière de poser la question curieuse

    Tu écrit : « Faut-il parler uniquement de déviance lorsqu’on parle de maladie ou trouble psychiatrique, ne s’agit il pas aussi d’un “projet” construit pour réintégrer le “malade” ? »

    Mais qui définit ce qui est déviant? Ce n’est pas la sociologie de la déviance ou les sociologues tout court qui définissent la déviance mais ceux qui créé les normes. Lorsque tu parles de « projet construit pour réintégrer le malade », tu as raison c’est bien de cela dont il s’agit pour la justice et la psychiatrie. Mais c’est justement cela qui fait problème en sociologie et ce plusieurs niveaux : qui définit celui qui est « malade » de celui qui ne l’est pas ? qui détermine celui qui n’est pas « intégré » (puisque tu parles de réintégration) de celui qui l’est ? et qui fait pression sur les individus afin qu’ils définissent un projet construit ? et surtout ces trois niveaux comment s’y prennent-ils ? Et qu’en pense ceux qui on accole cette étiquette et qui doivent se soumettre ce type de démarche ?

    A ce propos, tu écrit : «les attentes thérapeutiques ne sont pas éloignées des attentes qui se font pour les individus en général : autonomie, injonction de trouver un sens sa conduite, contrôle de sa destinée. »
    Et encore une fois c’est bien cela qui fait problème : les injonctions aux contrôles de soi, les injonctions narratives, les injonctions l’autonomie mais on peut rajouter la participation, l’authenticité etc. sont partie intégrante des modes de domination et des formes de contrôles sociaux et l dessus je t’invite lire Martuccelli : D. Martuccelli, « Figures de la domination », Revue française de sociologie, n°45-3, 2004, pp.469-497

  12. nicolas Says:

    Pour clarifier le débat, je suis en partie “sociologue” de formation mais aussi partie prenante du système car je contribue par mon métier d’infirmier a devoir composer avec ces normes et ces attentes : je ne les approuve pas forcément, je les constate tout simplement.

    Peut être que cette éclairage manquait pour comprendre mes propos et je constate au quotidien cette désintitutionalisation dont parle Dubet et cette modification des cadres thérapeutiques.

    Je ne suis donc pas toujours trés distancié car j’utilise moi même des catégories trés classantes (ceci dit les diagnostics en psychiatrie sont peu formalisés).

    Dans mon service on observe une proportion assez importante de personne issue de l’immigration ou française mais pas de métropole.
    Passons les biais de sélection, les modes d’entrée… toujours est-il que faire de la psychiatrie avec des cadres cognitifs “occidentaux”, trés “parisiens” me semblent l’encontre du bon sens. Je ne parle pas en tout cas d’ethnopsychiatrie mais de l’observation de ce “joyeux” melting-pot que l’on peine analyser.

    J’avoue que je parlais du multiculturalisme parce que travailler avec des médecins formés l’étranger, des jeunes professionnels (nouvelle génération) issus des mêmes quartiers que les gens qu’ils soignent donnent un mélange assez détonnant…. J’ai travaillé dans une association d’insertion où les aides domicile étaient globalement magrébines et faisaient des soins des personnes globalement ouvrières issus de l’ancienne vague d’immigration italienne ou juives. Certaines associations refusent des soignants hommes pour soigner des femmes juives…. A la PJJ lors de mon stage de santé publique, les jeunes suivis étaient issus de culture essentiellement africaine… ce qui engendre des paradoxes et parfois de vrai écart culturel (dixit, pour l’anedocte le jeune au tribunal qui “tutoie” spontanément le procureur et qui prend 6 mois pour injure magistrat alors que personne ne lui a expliqué): je voulais signifier sans faire de “culturalisme” outrance que certains travaux de sociologie peine rendre compte de cette réalité.

  13. nicolas Says:

    REPRESENTATIONS DES TROUBLES PSYCHIQUES,
    PRATIQUES DE SOINS ET VECU DES MALADES

    Colloque organisé l’initiative de la DREES-MiRE
    Dans le cadre du programme de recherche « Sciences biomédicales, Santé, Société » CNRS/Inserm/MiRe

    Lundi 4 décembre 2006, 9h30 – 17h
    Société nationale d’horticulture, 84, rue de Grenelle
    75007 PARIS

    Inscriptions et informations auprès du secrétariat du colloque

    partir du 15 octobre 2006

    l’adresse suivante : santementale@marketplace

    « REPRESENTATIONS DES TROUBLES PSYCHIQUES,
    PRATIQUES DE SOINS ET VECU DES MALADES »
    PROGRAMME PROVISOIRE

    9h30. Accueil des participants

    10h Ouverture : Pierre STROBEL (chef de la MiRe)

    Session I : Conceptions des troubles psychiques, prise en charge et vécu des personnes.

    10h15 Présidence : Hélène STROHL (IGAS, Paris) sous réserve

    10h.30 Didier FASSIN (CRESP, Bobigny). Les usages sociaux du traumatisme psychique. Enjeux d’une catégorie réinventée de la santé mentale.
    10h45. Discussion

    11h. Livia VELPRY (CESAMES, Paris). Approche sociologique de l’émergence des troubles d’apparence psychotique.
    11h15. Discussion
    11h30. Pause

    11h45. Martine BUNGENER (CERMES, Villejuif). Les personnes adultes souffrant de troubles mentaux sous protection juridique.
    12h. Discussion

    12h15. Nicolas DODIER (GPSM, Paris). La place conférée en pratique aux patients par la psychanalyse et par la psychopharmacologie : une enquête comparée dans deux services psychiatriques.
    12h30. Discussion

    12h45. Discussion : Jean Luc ROELANDT (CCOMS Santé mentale, Mons en Baroeul)

    13h15. Déjeuner-buffet

    Session II. Représentations des troubles psychiques et pratiques des médecins généralistes

    14h45. Présidence : Jean Luc GALLAIS (SFMG, Paris)

    15h. Hélène VERDOUX (Inserm U.657, Bordeaux). Connaissances et représentations de la schizophrénie en médecine générale et scolaire. Les prescriptions de médicaments.

    15h15. Claudie HAXAIRE (CESAMES, Paris). Représentations de la santé mentale et de la souffrance psychique par les médecins généralistes (Finistère et Cotes d’Armor).

    15h30. Pierre VERGER (Inserm U. 379, Marseille). Déterminants de l’hétérogénéité des pratiques de prise en charge des problèmes de santé mentale en médecine de ville : étude des prescriptions d’antidépresseurs par les médecins généralistes (PACA).

    15h45. Nadia YOUNES (RPSM, Yvelines Sud). Evaluation de l’efficacité d’une prise en charge en réseau pour les soins des patients déprimés des Yvelines Sud.

    16h. Discussion : Bertrand ESCAIG (UNAFAM, Lille)

    16h15. Discussion générale et conclusion : Alain EHRENBERG (CESAMES, Paris)

    Fin du colloque 17h

  14. Samuel Lézé Says:

    Merci.
    a. (i). Je saisis mieux l’ambivalence du propos. Cette “double appartenance” est une posture en effet difficile, mais présente aussi des atouts sociologiques (en terme d’accès, notamment).
    (ii). voil un jolie terrain sociologique tout en complexité
    b. l’annonce du colloque mérite un post plutôt qu’une simple case “commentaire”

  15. assrar elyoussfi Says:

    il ne m’est pas permit de visiter un psychologue, pouvez vous m’aider?

  16. Samuel Lézé Says:

    Encore une fois, je ne suis pas psychologue. Il faut en discuter avec votre psychiatre ou en changer.

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