L’amour fou

février 9th, 2007

Si Mlle x perd l’amour de Mr Z au profit de Mlle Y, Mlle x peut développer une jalousie à l’égard de Mlle Y… Si le préjudice est important et la situation injuste, grande est alors la tentation de se venger, voir de tuer Mlle Y…

Je ne suis pas en train de développer la trame d’un roman à partir du classique (et si efficace) triangle amoureux - deux personnes en aiment une troisième et se jalousent - la jalousie pouvant alors devenir le mobile d’un banal crime passionnel… mais de la lecture qui peut en être fait sur le plan de la santé mentale car la saint-valentin ne se termine pas toujours très bien…
Si la jalousie ou la passion amoureuse fait perdre - dans ce cas extrême - le contrôle de soi-même , est-elle une forme de folie ? Une “folie ordinaire“, ressort presque parfait, des “faits divers” ?

“Dans la presse quotidienne, les articles qui évoquent des crimes dits passionnels affrontent généralement le problème de départager ce qui est normal ou anormal, sain ou pathologique dans différentes sortes d’amour, de passion, ou de couple. Les crimes passionnels sont souvent qualifiés d’«ordinaires», et ce paradoxe est le cœur de ce que nous explorons ici, car il apparaît comme le symptôme du désir inconscient qui forme le soubassement du style de ces articles, et de leur succès. La passion, être «fou de» quelqu’un, caractérisée par une symbiose entre les partenaires, est présentée comme une forme idéale d’amour, et comme une raison suffisante pour préférer la mort à la séparation. Le meurtre est présenté comme fou, mais pas le meurtrier, pour autant que son crime puisse être expliqué par un accès de colère ou de jalousie. Très rarement, le meurtrier est renvoyé à d’anciens modèles de psychopathologie, comme la théorie de Lombroso : dans ce cas, le meurtrier est soit un étranger, soit quelqu’un du «quart-monde». En somme, nous soutenons que le paradoxal «crime passionnel ordinaire» facilite l’identification des lecteurs au meurtrier, leur permettant ainsi de satisfaire en toute sécurité leur désir archaïque et inconscient de symbiose.”

Cette explication psychologique du ressort des “faits divers” (de l’effet sur des profanes) ne rend pas compte de l’explication psychiatrique (et professionnelle) de la “folie ordinaire” :

Lorsque le “capitaine Lisa Nowak a été mise en examen pour une tentative de meurtre sur Colleen Shipman, capitaine de l’US Air Force, qui lui aurait ravi le cœur d’un autre astronaute de la NASA, le pilote Bill Oefelein”, “le patron de la NASA, Michael Griffin, a demandé au directeur du centre spatial Johnson, à Houston, de revoir les examens psychologiques utilisés pour sélectionner les nouveaux astronautes ainsi que les procédures de suivi de la santé tant mentale que physique de ces voyageurs de l’espace”. (Je souligne).
La NASA face aux problèmes psychologiques des astronautes
NOUVELOBS.COM | 08.02.2007 | 11:46

Il s’agit, dit l’article, d’un “incident inédit” au sein de la NASA, mais l’est-il dans l’armée américaine? Le relâchement du travail émotionnel est ici en cause puisque l’armée exige un modelage de ses propres émotions afin de se plier à des « règles de sentiments ». Les valeurs professionnelles priment les valeurs de la vie privée. Dans le cas inverse, le déplacement de frontière entre vie privée et vie professionnelle devient un écart aux règles de sentiments et un risque dans les missions confiées à l’élite militaire. S’il y a bien condamnation de la tentative de meurtre, le controle en retour de la NASA porte sur le travail émotionnel et de son possible relachement, d’où l’impérieuse nécessité de renforcer les procédures de recrutement…

Comment expliquer cette facilité à glisser de la psychologie populaire (de la jalousie et de la passion) suceptible d’une science des mœurs et d’une description de l’action (i.e. l’anthropologie des obligations morales) aux sciences médico-psychologiques et aux explications psychopathologiques ? Il y a là un problème confus à clarifier.

3 Responses to “L’amour fou”

  1. Fabrice Fernandez Says:

    Peut-être en revenant à l’origine du mot passion. Le terme a été utilisé afin de désigner le supplice subi par le Christ pour le rachat de l’humanité ; le mot est formé sur « passum », du verbe « pati », qui signifie souffrir, et qui a donné en français « pâtir », c’est-à-dire éprouver une souffrance. Deux sens se sont alors progressivement opposés, la passion comme souffrance physique, la douleur ou la maladie et la souffrance comme affection, mouvement, sentiment de l’âme tel qu’il est employé par Saint Augustin dans un sens plus péjoratif, il traduit alors le « pathos ». L’ambivalence du terme témoigne de ce double mouvement de la passion qui implique un sujet ou un patient qui subit affection, douleur ou souffrance mais aussi la motivation du passionné qui le pousse à agir. Si c’est ce dernier sens qui semble s’imposer en français moderne, l’utilisation du terme passion garde toujours cette ambivalence. L’utilisation de la notion de ‘travail émotionnel’, n’est-ce pas justement ce qui permet d’articuler ces deux sens et la “psychologie populaire” et aux sciences médico-psychologiques ? La question devient dés lors : jusqu’où certains organismes comme le Nasa peuvent-ils tolérer les sentiments et les émotions de leurs astronautes, et quels critères mettent-ils en oeuvre pour sélectionner des hommes et des femmes aux tempérements neutres, souples, agissant de façon quasi-mécanique sans conflit sans haine et sans amour?
    Mais retournons sur terre:

    “Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre
    Mais le filet peut bien se tendre
    Tout est gibier qu’on plumera”

  2. Samuel Lézé Says:

    merci…

  3. Samuel Lézé » Blog Archive » Religion & Santé mentale Says:

    […] #104 - L’amour fou, 9, février 2007 () […]

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