Bourdieu et le “Cang”…

février 16th, 2007

J’ai achevé ce matin ma quatrième lecture erratique de l’Abécédaire de Pierre Bourdieu dirigé par Jean-Philippe Cazier qui vient de paraître aux éditions Sils Maria - Vrin. Ce n’est certainement pas la dernière, puisque je l’ai déjà adopté comme outil de travail.
Abécédaire Pierre BourdieuDans l’immédiat, la présentation ou l’annonce enthousiaste de Fabrice Fernandez sur son blog me convient parfaitement. Et je laisse le soin aux éventuels recenseurs du collectif d’en démontrer la qualité et l’utilité, d’en montrer les atouts comme les inéluctables limites.
Je me suis chargé de sept notices avec à l’esprit le souci de parler du jeune Bourdieu et de son rapport à l’anthropologie, une phase de sa trajectoire intellectuelle qui me dit quelque chose. Et analyser la genèse de certains concepts qui tentent de répondre à des problèmes sociologiques ou anthropologiques qui me taraudent, est une tâche nécessaire à la gymnastique de son propre travail de recherche. La sociologie n’est pas un temple, mais un chantier*!
J’aimerais insister ici sur un mode d’entrée possible dans cet abécédaire qui peut sembler au première abord contre-intuitif aux sociologues, du moins à ceux d’une génération qui ne sont pas passés par la philosophie. Qui se précipitera en effet sur la notice “Canguilhem” (avant celle de “Bachelard” ou “Mauss“) ? Qui voudra croire un seul instant que je l’ai ruminée avec bien plus de respect (et de crainte) que la notice “Réflexivité” ou “Symbolique” !?
Georges CanguilhemGeorges Canguilhem est à plus d’un titre une figure importante du champ philosophique français. Michel Foucault dit je ne sais où qu’on ne comprend plus rien à Althuser, Lacan, etc. si l’on en fait l’économie. C’est particulièrement vrai pour Pierre Bourdieu car le “cang” l’a très tôt inscrit dans ses propres pas, partageant une intimité qui entraine entre les deux hommes un jeu de miroir très complexe. Bourdieu le cite peu (figure quatre extraits dans le métier de sociologue), et lorsqu’il l’évoque, il se souvient surtout de ses qualités physiques (i.e. de son charisme) car il est littéralement habitée par cette figure, ferme et chaleureuse à la fois.
Passer ensuite à la notice “Algérie” permet de comprendre la fidélité à ce philosophe au moment même où il abandonne la philosophie et l’idée de faire des études de médecine (Je recommande de lire aussitot après la notice “Photographie” de fabrice Fernandez pour comprendre la construction de son regard anthropologique en Algérie). Il y a encore des traces de sa présence dans son usage de Bachelard et dans l’exigence de réflexivité qu’il portera en “anthropologie” (lire en même temps et à la suite la notice “Stratégie“, “Symbolique“, “Mauss“, “Lévi-Strauss“, “Ethnologie“, “Pratique“) et plus largement dans les “sciences sociales“. Sur cette ligne de force s’aggrègent alors bien d’autres notices, que je n’ai pas écrite. A chacun de tracer son propre chemin avec Pierre Bourdieu et parfois contre, car il n’y a pas de chemin tout tracé…

* En relisant le texte, je me demande si ce n’est pas justement une réminescence de Canguilhem car il doit dire ça de la philosophie… à vérifier

3 Responses to “Bourdieu et le “Cang”…”

  1. Samuel Lézé Says:

    Paru dans l’Humanité, le 21 mars 2007

    Bourdieu en abécédaire
    Une approche interdisciplinaire des notions utilisées par le sociologue.

    Abécédaire de Pierre Bourdieu,
    sous la direction de Jean-Philippe Cazier.
    Éditions Sils Maria (diffusion Vrin), 2007, 22 euros

    Pierre Bourdieu rebute parfois par la complexité de son écriture, de son appareil conceptuel
    ou de ses références. Même familier de sa pensée, il arrive qu’on se perde dans une oeuvre aussi riche que diverse, bâtie en près d’un demi-siècle de recherches.
    À ce lecteur parfois déboussolé comme au néophyte en quête d’une première approche, cet ouvrage offrira un précieux secours. Ce livre s’inscrit dans la lignée d’autres excellentes introductions à la pensée bourdieusienne, telles le Pierre Bourdieu et la théorie
    du monde social de Louis Pinto (Albin Michel, 2002),
    le Pierre Bourdieu de Patrick Champagne et Olivier Christin (Bordas, 2004), ou l’Introduction à une sociologie critique d’Alain Accardo (Agone, 2006). Il s’en distingue entre autres par la richesse de son approche collective (vingt-deux auteurs !). Deux chercheurs connus
    pour leur longue fréquentation de l’oeuvre du sociologue y introduisent ses concepts clés (articles « habitus », « capital » ou « champ » par Gérard Mauger, articles « doxa » et « reproduction » par Louis Pinto). D’autres y explorent des concepts moins connus (ethos, hysteresis…) ou des aspects plus inattendus, comme le corps ou la photographie. Enfin, plusieurs entrées interrogent le rapport de cette pensée à d’autres grandes oeuvres sociologiques (Marx, Mauss, Durkheim, Weber…) ou philosophiques (Bachelard, Sartre,
    Merleau-Monty, Wittgenstein, Foucault…).
    Cette polyphonie n’est pas sans répétitions, d’autant plus que les renvois entre articles semblent avoir été laissés à la discrétion des auteurs. Une édition numérique, usant de la richesse des hyperliens, serait certainement utile. Mais cette polyphonie a aussi ses vertus, quand il s’agit par exemple de répondre à l’accusation cent fois rabâchée de déterminisme étriqué. Les redites des articles « destin », « inconscient » et « stratégie », pour n’en citer que quelques-uns, ne sont pas de trop.
    Nicolas Chevassus-au-Louis

  2. Samuel Lézé » Blog Archive » Lévi-Strauss et le cerveau Says:

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  3. Samuel Lézé » Blog Archive » L’Objet homosexuel – Etudes, constructions, critiques. Sous la direction de Jean-Philippe Cazier Says:

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