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Religion & Santé mentale

Vendredi, mars 2nd, 2007

Le rapport des religions et de la santé mentale est un thème de recherche riche d’intéret: le rapport des psychothérapies à la spiritualité, des thérapies spirituelles à l’égard des souffrances, de la foi à la guérison, et plus largement, le recrutement de certains groupes religieux comme l’église de scientologie (qui est une psychothérapie devenue religion aux USA) sur la base de problèmes de santé mentale peuvent faire l’objet d’une enquête sociologique (ou historique).

A cet égard, il est intéressant de noter également que sous la désignation The Citizens Commission on Human Rights (CCHR), l’église de scientologie diffuse sur l’internet une vision antipsychiatrique radicale (le célèbre Thomas Szasz en est même l’un des fondateurs: la photo ici est prise avec Tom Cruise)Cruise et Szasz. Une vidéo très suggestive, “Psychiatry: No Science, No Cures“, piège ainsi des psychiatres à la sortie de la convention de l’APA de 2006… En France, la Commission des citoyens pour les droits de l’Homme (CCDH), est également très active. C’est un groupe d’intérets qui propose, sous la forme de “colloques”, une dénonciation savante de “la psychiatrie répressive”. Un reportage de la chaine Parlementaire (LCP) en avait fait un sujet lors d’un évènement organisé le 27 juin dernier à Paris (Ecole Polytechnique).

Il y a peu, j’ai entendu parlé de la publication d’un ouvrage collectif sur la dépression (Editions Tequi) publié en plusieurs langues sous la houlette du Conseil Pontifical pour la Pastorale de la Santé (Vatican). Jean Paul II avait en effet demandé une étude sur l’ampleur de la dépression dans le monde et une conférence internationale a eu lieu en 2003. La version française est préfacée par le psychanalyste Mgr Tony Anatrella bien connu pour ses prises de position dans le débat sur l’homoparentalité et qui oeuvre pour la guérison de l’homosexualité.Dans l’ouvrage, la dépression est considérée comme une maladie et la santé mentale un état où se rejoingnent les « dimensions biologiques, psychologiques et spirituelles » (et la dimension sociale?). Dans ce cadre, la foi chrétienne peut représenter une aide,un moyen thérapeutique. Bref, il s’agit d’une « vision renouvelée de la personne ». La dimension sociale n’est pas totalement escamotée puisque un regard sociologique est présent pour comprendre l’expérience humaine de la dépression. C’est Fiorenza Deriu qui représente la sociologie et son intervention se trouve d’ailleurs (en italien) sur le site du colloque.

Mais comment se passe la prise en charge des religieux au sein de l’Eglise? Une “psychiatrie religieuse” est-elle le recours privilégié ? Dans le cadre d’une recherche à paraître sur la vie féminine apostolique, l’anthropologue Roselyne Haillotte (Paris X-Nanterre) a écrit un article sur “les troubles psychiques dans le monde religieux” (Ethiques et Santé, Vol.2, N°4, 2005, p. 175-179) qu’elle a eu la gentillesse de me communiquer. Elle signale l’existence de l’AMAR (Association Médico-psychologique d’Aide aux Religieux) où se pratique une psychiatrie “classique” lorsque le “soutien communautaire” est mis en faillitte par le trouble. Fondée en 1961, cette association est également chargée d’évaluer les “aptitudes psychiques” des candidats à la vie religieuse. L’enjeu ici, comme pour les astronautes de la NASA, est de mesurer le degré de travail émotionel consenti par le candidat. C’est là que se loge en effet le trouble lorsqu’il survient. Quatre entretiens (avec un membre de l’Amar, un psychologue, un psychiatre-psychanalyste et de synthèse) permettent de remettre trois avis : “a) la Commission de l’AMAR ne relève pas de contre-indication psychologique nette pour la poursuite d’un projet d’engagement dans la vie religieuse ou sacerdotale. b) elle relève quelques problèmes psychologiques qui gagneraient à être clarifiés avant tout engagement définitif. c) elle enregistre actuellement des éléments de contre-indications psychologiques pour un engagement dans la vie religieuse ou sacerdotale”(je souligne).