L’Excision de la pierre de folie…
avril 7th, 2007En réaction à mon précédent post, ma messagerie était aujourd’hui encombrée par une seule question, embarrassante: Qu’est-ce que l’excision (ou extraction) de la pierre de folie? Je vais y répondre en deux mots sans prétendre faire preuve d’une grande érudition en la matière: c’est sans doute une fiction thérapeutique que l’on trouve dans l’iconographie (hollandaise) pour moquer la médecine… On ne sait pas en effet si c’est du “lard ou du cochon”. Daniel Arasse dirait sans doute qu’il faudrait analyser en détail (ou “le détail” comme le propose l’historien) les variantes, et prendre au sérieux l’humour des artistes pour justement éviter les surinterprétations (e.g. l’ancêtre de la lobotomie)…
Il existe une variante (antérieure à Pieter Bruegel l’Ancien) de Bosh. Le musée de l’épilepsie (Kork, Allemagne) propose un long commentaire savant sur l’origine de cette pratique et la critique de Bosh.
Les commentaires de Thierry Cazaux sur une variante plus tardive de Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini (1664-1736) (La tribune de l’art, 2005) corroborent mon intuition:
“Ainsi dans L’Excision de la pierre de folie, (ill. 1)(Le Havre, musée André Malraux), même le fou semble hilare, alors qu’à la vue de l’opération pratiquée par le « médecin » l’on serait en droit de l’imaginer hurlant de douleur. Autour de lui, la vieille femme semble très absorbée par l’acte chirurgical et la jeune femme, plutôt interloquée, tient dans ses bras un bébé qui dort paisiblement. Cette présence permanente du rire nous semble souvent déplacée comme la sérénité presque joyeuse du jeune homme dans Le Dentiste bohémien (ill. 3) qu’on imaginerait moins serein à la vue de la dent qu’on lui a retirée, sans anesthésie.” (je souligne)

Ma petite recherche viens d’aboutir à cet article surprenant sur l’actualité clinique de “la pierre de folie”:
COLAS-BENAYOUN M.-D. ; FIDELLE G. ; LAHUTTE B. ;’«L’extraction de la pierre de folie » : impact de la découverte d’une tumeur frontale calcifiée chez un patient mélancolique’, Annales médico-psychologiques, 2005, vol. 163, no1, pp. 73-77
“La clinique des troubles de l’humeur peut prendre des formes atypiques, hermétiques, inaccessibles. La rencontre avec un jeune officier envahi par des pulsions de mort nous amène à nous questionner sur l’origine d’un trouble dépressif d’intensité mélancolique récurrent depuis deux ans. La rupture brutale avec son mode de fonctionnement antérieur, la résistance aux antidépresseurs, l’apragmatisme persistant et un épisode d’errance inexpliqué nous incitent à réaliser une imagerie cérébrale : « Le lobe frontal gauche est dévoré par une masse calcifiée de 6 cm de diamètre. » La comorbidité entre tumeur cérébrale et trouble de l’humeur est rare. Pourtant, leur intrication se révèle ici dans l’ordre du réel, de l’imaginaire et du symbolique. Cette « pierre de folie » cache une béance structurale ancienne. Loin de le guérir, l’extraction de la tumeur confronte notre patient au vide. La prise en charge pluridisciplinaire devra respecter cette fragilité narcissique toujours à la limite du morcellement, ou de l’hémorragie foudroyante.”
avril 10th, 2007 at 5:28 pm
T’as comme un bug sur cette page, je n’arrive pas à la lire…
avril 10th, 2007 at 6:00 pm
Je viens de procéder à l’extraction du bug… est-ce mieux?
avril 10th, 2007 at 8:09 pm
Il y a un problème d’images, mais ils ne touchent que ceux qui utilisent (encore!) Internet Explorer. Avec Mozilla Firefox pas de problèmes pour lire ce site !
avril 12th, 2007 at 6:35 pm
C’est mieux, mais avec internet explorer, c’est toujours pareil…
octobre 17th, 2008 at 2:38 pm
j’ai pas pu lire l’ article
octobre 20th, 2008 at 8:19 pm
voici le texte de l’article:
En réaction à mon précédent post, ma messagerie était aujourd’hui encombrée par une seule question, embarrassante: Qu’est-ce que l’excision (ou extraction) de la pierre de folie? Je vais y répondre en deux mots sans prétendre faire preuve d’une grande érudition en la matière: c’est sans doute une fiction thérapeutique que l’on trouve dans l’iconographie (hollandaise) pour moquer la médecine… On ne sait pas en effet si c’est du “lard ou du cochon”. Daniel Arasse dirait sans doute qu’il faudrait analyser en détail (ou “le détail” comme le propose l’historien) les variantes, et prendre au sérieux l’humour des artistes pour justement éviter les surinterprétations (e.g. l’ancêtre de la lobotomie)…
Il existe une variante (antérieure à Pieter Bruegel l’Ancien) de Bosh. Le musée de l’épilepsie (Kork, Allemagne) propose un long commentaire savant sur l’origine de cette pratique et la critique de Bosh.
Les commentaires de Thierry Cazaux sur une variante plus tardive de Giovanni Francesco Cipper, dit Todeschini (1664-1736) (La tribune de l’art, 2005) corroborent mon intuition:
“Ainsi dans L’Excision de la pierre de folie, (ill. 1)(Le Havre, musée André Malraux), même le fou semble hilare, alors qu’à la vue de l’opération pratiquée par le « médecin » l’on serait en droit de l’imaginer hurlant de douleur. Autour de lui, la vieille femme semble très absorbée par l’acte chirurgical et la jeune femme, plutôt interloquée, tient dans ses bras un bébé qui dort paisiblement. Cette présence permanente du rire nous semble souvent déplacée comme la sérénité presque joyeuse du jeune homme dans Le Dentiste bohémien (ill. 3) qu’on imaginerait moins serein à la vue de la dent qu’on lui a retirée, sans anesthésie.” (je souligne)
Ma petite recherche viens d’aboutir à cet article surprenant sur l’actualité clinique de “la pierre de folie”:
COLAS-BENAYOUN M.-D. ; FIDELLE G. ; LAHUTTE B. ;’«L’extraction de la pierre de folie » : impact de la découverte d’une tumeur frontale calcifiée chez un patient mélancolique’, Annales médico-psychologiques, 2005, vol. 163, no1, pp. 73-77
“La clinique des troubles de l’humeur peut prendre des formes atypiques, hermétiques, inaccessibles. La rencontre avec un jeune officier envahi par des pulsions de mort nous amène à nous questionner sur l’origine d’un trouble dépressif d’intensité mélancolique récurrent depuis deux ans. La rupture brutale avec son mode de fonctionnement antérieur, la résistance aux antidépresseurs, l’apragmatisme persistant et un épisode d’errance inexpliqué nous incitent à réaliser une imagerie cérébrale : « Le lobe frontal gauche est dévoré par une masse calcifiée de 6 cm de diamètre. » La comorbidité entre tumeur cérébrale et trouble de l’humeur est rare. Pourtant, leur intrication se révèle ici dans l’ordre du réel, de l’imaginaire et du symbolique. Cette « pierre de folie » cache une béance structurale ancienne. Loin de le guérir, l’extraction de la tumeur confronte notre patient au vide. La prise en charge pluridisciplinaire devra respecter cette fragilité narcissique toujours à la limite du morcellement, ou de l’hémorragie foudroyante.”
novembre 27th, 2008 at 12:52 pm
merciiiii bcp