“Sociologia y Anthropologia de la Enfermedad Mental”, Política y sociedad, vol. 43, nº 3, 2006
avril 13th, 2007
José Luis Moreno Pestaña signale déjà depuis quelques jours sur son blog la parution du numéro spécial (”Sociologia y Anthropologia de la Enfermedad Mental“), Volume 43, N° 3: 73-88 de la revue Politica y Sociedad qu’il a coordonnée et qui réunit cinq articles sur le thème « sciences sociales et santé mentale ». En voici le sommaire :
Presentación Ciencias sociales y salud mental MORENO PESTAÑA, José Luis
Asistencia y cuidados cotidianos de los niños discapacitados mentales. Diagnósticos profanos y grupos domésticos - Medical Care and Daily Caring of Mentally Disabled Children. Lay Diagnoses and Domestic Groups (ARTíCULO) EIDELIMAN, Jean-sébastien
Figuras profanas de la locura y control social en un barrio pobre francés : el caso de los jóvenes de la calle - Lay Representations of Madness and Social Control in a French Poor District : the Case of the Young People of the Street (ARTíCULO) SAUVADET, Thomas
La mercantilización de los estados de ánimo. El consumo de antidepresivos y las nuevas biopolíticas de las aflicciones - The Commodification of the Moods. The Antidepressant Consumption and the New Biopolitics of the Afflictions (ARTíCULO) MARTÍNEZ HERNÁEZ, Ángel
De la excepcionalidad a la cronificación dulce - From an Exceptional Nature to the Soft Cronification (ARTíCULO) MORENO PESTAÑA, José Luis
Convertirse en psicoanalista en Francia - Becoming a Psychoanalyst in France (ARTíCULO) LÉZÉ, Samuel
La présentation de José Luis, en espagnol sur son blog, donne une idée claire et précise des enjeux du numéro. C’est pourquoi, avec son accord, J’en propose ici une traduction « libre »:
« Dans ce numéro, les articles analysent la santé mentale à partir des sciences sociales. Il n’offre pas de réflexions générales sur la maladie mentale, le pouvoir des experts ou les causes du développement des maux contemporains. Il réunit des articles qui reposent en grande partie sur des données empiriques. Ces données sont pensées avec différents outils théoriques et ne visent pas à fournir aux sciences sociales une théorie générale de la santé mentale. Ils fournissent plutôt un ensemble de regards prudents empiriquement fondés. L’un de ses effets, et non des moindres, est selon le diagnostic de Samuel Lézé dans son article (par rapport à la relation entre sociologie et psychanalyse) de rompre avec un type d’approche « à malin, malin et demi » avec les professions de santé mentale. Les sociologues et les anthropologues découvraient l’idéologie et l’intérêt privé des professions psychiatriques et psychologiques ; celles-ci détectaient en retour des résistances et un manque de responsabilité personnelle dans les discours contextualisant de la sociologie et l’anthropologie. Ce numéro tente de rompre avec cette posture et il propose une analyse de la santé mentale, moins offensive et plus précise, moins pompeuse et plus humble, moins stricte et, peut-être, plus vraie .
L’article de Jean-Sebastien Eideliman analyse la relation entre les diagnostics que reçoit un sujet et une économie familiale spécifique. L’auteur combine une sociologie des diagnostics profanes (beaucoup plus mobiles et “stratégiques” que ceux des experts) et professionnels avec une méticuleuse reconstruction de la configuration d’un groupe familial. Son article nous permet de comprendre mieux, d’abord, l’histoire relativement autonome de la gestion profane des diagnostics et, deuxièmement, comment les conflits au sein des réseaux familiaux mobilisent un type ou un autre d’histoire professionnelle sur la maladie et de pratique institutionnelle de gestion et de soins. L’article montre la texture conflictuelle tant du monde professionnel comme de l’univers domestique, le champ des possibles qu’on ouvre dans chacun et les configurations potentielles existantes pour classer un individu comme malade dans l’interaction entre monde domestique et professionnel.
L’article de Thomas Sauvadet se concentre spécifiquement sur les manières profanes de gérer la folie. Dans certaines circonstance, la folie n’est pas le nom que nous donnons à des règles sociales équivoques, mais dans leur contexte spécifique, ils sont des comportements stratégiquement lucides. Sauvadet décrit comment deux types de “folie” fonctionnent dans la vie quotidienne d’un groupe de jeunes d’un quartier marginal français : la première, fonctionnelle, permet au sujet de défendre sa réputation et de la maintenir au sein du système fragile des équilibres quotidiens; la seconde condamne l’individu à l’exclusion sociale. Si la première, permet de faire face au monde et de lui imposer quelque chose de la volonté elle-même ; la deuxième est le résultat d’un sujet qui explose devant l’agression du monde quotidien. Sauvadet récupère ainsi une tradition d’analyse des formes variées de conscience profane de la “folie” qui a été souvent réduite, dans les analyses de la maladie mentale, aux conclusions du monde professionnel. A partir - comme Eideliman - d’une analyse ethnographique, Sauvadet défend la “folie” comme un produit, très historique mais aussi très matériel, d’une certaine position dans l’espace social exposé à des formes de violences permanentes et difficiles à articuler subjectivement : l’”histoire d’Abdel” montre comment un simple aléa peut troubler un fragile équilibre coûteusement gagné et maintenu.
Angel Martínez Hernáez fait une analyse critique de l’approche pharmaceutique des états dépressifs. Il considère qu’un système psychiatrique épistémologiquement suspect et socialement expansionniste tend à transformer les dégoûts vitaux en symptômes de maladie mentale. Martínez Hernáez lie directement ce système aux tentacules des compagnies pharmaceutiques. C’est la contribution à ce numéro qui rejoint avec vigueur et argument la critique politique de la psychiatrie effectuée à partir des sciences sociales.
En partant de la perspective des personnes atteintes de troubles alimentaires, José Luis Moreno Pestaña analyse leur trajectoire à partir de trois types de variables : ressources sociales, accès au système thérapeutique et conceptions de la maladie. Pour se faire, l’article combine l’origine sociale, la longueur et le modèle de trajectoire dans le système de santé et les idéologies des acteurs sur la maladie.
Samuel Lézé poursuit en approfondissant le processus de socialisation professionnelle. Lézé découvre un lien entre la carrière de ceux qui ont recours à la thérapie psychanalytique, militant de la cause psychanalytique et la carrière professionnelle. Lézé utilise les cadres diachroniques élaborés par la sociologie interactionniste pour comprendre ce qui déplace un individu d’une souffrance personnelle à la défense d’une cause et, de là, à l’exercice de la psychanalyse. La sociologie des professions, qui en principe paraissait la plus appropriée pour l’analyse du sujet, se transforme en sociologie des mouvements sociaux. Cette combinaison entre souffrance personnelle et prosélytisme thérapeutique aide à comprendre la base du recrutement et le maintien des différentes écoles psychologiques tout en encourageant à étendre ce modèle théorique au-delà de la psychanalyse ».
José Luis Moreno Pestaña
Pour commander le numéro de la revue, il suffit de contacter El Servicio de Publicaciones de la Universidad Complutense de Madrid ou bientôt sur le site AGAPEA (pour 15 Euros).
