Archive for mai, 2007

L’Afrique, miroir du contemporain

Mercredi, mai 30th, 2007

Journée d’étude du IIAC (UMR 8177)
Organisateur : Jean-Pierre Dozon
Renseignements : secrétariat du IIAC

19 juin 2007

Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

105 bd. Raspail, 75006, salle 8

9h30 : Jean-Pierre Dozon

Introduction. L’africanisme d’une Afrique familière.

10h00 : Emmanuel Terray

L’Afrique des année 60. Un témoignage.

10h30 : Jean-Paul Colleyn

La tribu des Parisiens et la caméra participante. Actualité de Jean Rouch.

11h00 : Guillaume Lachenal

Aujoulat l’Africain et autres figures médicales de la familiarité franco-africaine.

Discutant : Michel Agier

14h00 : Marc Abélès

Afrique-Europe: perspectives sur le pouvoir et la représentation politique.

14h30 : Samuel Lézé

L’intelligence de la situation.
L’école de travail africaniste et la fortune de son « capital de problèmes ».

15h00 : Jean Jamin

L’Afrique en tête.

Discutant : Véronique Nahoum-Grappe

IIAC-EHESS -105 boulevard Raspail - 75006 Paris – Tél : 01 53 63 51 57 – courriel : iiac@ehess.fr

Sauvons la clinique - Manifeste pour les pratiques et les formations cliniques

Mercredi, mai 30th, 2007

Dans un précédent post sur la recherche en psychiatrie, je faisais une remarque presque incidente sur l’inéluctable difficulté de la pratique de la psychiatrie dans ce nouveau contexte de valorisation de l’aspect scientifique de la médecine : “le renforcement de la tension entre pôle médicoscientifique et pôle social ne risque t’il pas de rendre encore plus problématique le pôle clinique de la psychiatrie ?”. La réaction ne s’est pas fait très longtemps attendre et prends aujourd’hui forme politique sous la houlette du SIUEERPP (fondé et dirigé par des psychologues-psychanalystes universitaires) :

“le SIUERPP rassemble actuellement 145 membres, maîtres de conférences et professeurs français et européens (Belgique, Espagne, Italie, Allemagne) principalement, et pour les Français, enseignant la psychopathologie et la psychologie clinique à l’Université dans le cadre des Départements ou UFR de Psychologie (16e section du CNU pour l’Université française). Les membres du S.I.U.E.R.P.P. sont réunis par une référence commune à la psychanalyse dans leurs travaux et publications et leur souci de promouvoir un enseignement fondé sur la clinique et orienté par elle.” (je souligne)

Objectifs:

“Cette instance s’est progressivement dotée des moyens et des conditions aptes à soutenir le développement de la psychanalyse et de la psychopathologie dans les champs des recherches et des enseignements qui en appellent le concours. Ce qui suppose : • D’une part de créer et de garantir les conditions d’une réflexion épistémologique et éthique sur la place de la psychanalyse dans les recherches et les enseignements de psychologie et de psychopathologie cliniques. • D’autre part de faire connaître et de promouvoir des critères pertinents et spécifiques de cette évaluation scientifique auprès des collègues des autres sous-disciplines de la psychologie, des autres disciplines universitaires concernées par la Santé, au premier rang desquelles la médecine ; auprès des étudiants et du public ; auprès des interlocuteurs institutionnels en charge de promouvoir les politiques de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. • Nos exigences dans l’évaluation scientifique des recherches et des formations universitaires tendent à faire prévaloir la qualité de la production intellectuelle, l’intérêt collectif de ses applications sociales, culturelles et pratiques sur l’organisation bureaucratique, uniformisante et normalisante qui met en péril l’innovation et la découverte scientifiques.”

Un manifeste circule pour préparer des Etats Généraux (ce ne sera jamais qu’un des cinq Etats Généraux ayant jalonnés l’histoire du champ de la santé mentale en France depuis 2000: EG de la psychanalyse, de la psychologie, de la psychiatrie, des psychothérapies…). Dans ce texte, “clinique” = “psychanalyse”. Il dit en substance: “il existe une recherche clinique de pointe en France” et “sauvons la recherche clinique”. La question est : existe t-il (ou peut-il exister) une clinique non psychanalytique? Pourquoi pas, par exemple, la phénoménologie qui existe dors et déjà ? Une autre question: peut-on sauver la psychanalyse au sein des institutions psychiatriques ? Les psychologues cliniciens peuvent-ils jouer ce rôle? Comme c’est l’enjeu des Etats Généraux de la clinique, il faut attendre, évaluer la mobilisation et les rapports de force en présence…

Après la disparition de la psychopathologie et de la psychanalyse de la formation des psychiatres, au profit de modélisations neurobiologiques et comportementalistes, c’est celle des psychologues cliniciens qui est aujourd’hui clairement visée par les instances d’habilitation de leur formation. Depuis plusieurs années, les universitaires qui ont en charge cette formation voient s’étendre dans l’appareil de l’Etat la volonté de domination des partisans de l’éviction de la psychanalyse et de la psychopathologie, à tous les niveaux des organisations qualifiantes de l’enseignement et de la recherche. La nouvelle configuration qui a émergé récemment ne laisse plus de doute sur cette volonté qui ne s’embarrasse plus de faux-semblants. C’est la dernière étape d’une course contre la montre dont le terme, à brève échéance, devient prévisible. En même temps, dans les institutions de soin, nous constatons que la présence de la psychanalyse est l’enjeu d’une lutte dans laquelle les simulacres gestionnaires, l’ingénierie de l’évaluation, la médicamentation systématisée et exclusive, les dispositifs d’isolement des symptômes et de leur traitement expéditif, font une chasse réglée à la clinique de la subjectivité. Ici et là, nous assistons régulièrement à des écroulements locaux qui résultent soit de stratégies de harcèlement et d’épuisement des équipes, soit de neutralisations foudroyantes par ingestion ou dispersion. La psychanalyse n’a pas à faire seulement à des détracteurs, mais à une convergence de processus de démolition. Ce n’est plus le temps des signes assassins, mais des actes et des machines qui avancent à tombeaux ouverts.

Devant cette situation, les praticiens dans les institutions de soin psychique, et les universitaires qui forment les générations futures et maintiennent la présence exigeante de la psychanalyse dans les institutions de la recherche publique doivent faire converger leurs résistances et passer à l’invention offensive. Ils ne peuvent plus se contenter de boucher au coup par coup et dans l’isolement, les forages et les excavations de leurs sols. Il n’y a plus de crise, mais des circuits intégrés de situations limites. La férocité industrielle des appareils a des noms : dépistage précoce, troubles de conduites, héritabilité génétique, facteurs de risque, facteurs prédictifs, isolation des symptômes, co-morbidité, dressage de comportement, indice d’impulsivité, rééducation psychothérapique, thymorégulateur, expertise, évaluation, sécurité psychique, etc. Le maillage des populations vulnérables réduites à l’usage de leur malheur s’étend chaque jour davantage. La standardisation des ratages de la condition humaine en une nomenclature des handicaps habite désormais des maisons sanitaires. Le dénuement social est promis à l’épuration policière ou masqué par des kits de pathologie des comportements. Les logomachies s’ingénient à voiler la massification de l’humain et la marchandisation du vivant. Acceptons-nous de déambuler parmi « les décombres du futur » ?

À un certain moment, face à ce qui arrive, le refus qui se cantonne dans l’expression critique est vain. La seule dénonciation des ennemis est dérisoire. Les lamentations nostalgiques prônant la restauration du monde d’hier est pitoyable. Le scoop du malaise dans la culture est largement usé. Nous avons tous conscience que nous sommes dans un mouvement extrême du temps, de ce qu’on appelle un changement de temps. Cela signifie qu’il ne s’agit pas d’aberrations ou de dérives à corriger, mais de la subordination de la souffrance et du bien-être psychique à de nouvelles représentations et de nouveaux dispositifs de gouvernance dans lesquelles la psychanalyse ne sera que résiduelle ou nébuleuse. La porosité de la sphère politique à ces représentations, l’influence qu’elle subit du fait de groupes interconnectés d’une voracité utilitaire naïve, indiquent assez que la solution ne viendra pas des gouvernants qui ont contribué à cette évolution.

Il faut donc un rassemblement à la mesure de la gravité de la situation, afin de répondre à ce défi du passage d’un temps à un autre. Le refus rigoureux et déterminé, celui qui rend solidaire, passe par le partage d’analyses qui explorent les dérèglements et les combinaisons émergents, par la mise en commun d’actions et d’expériences vers de nouvelles pensées de résistance, par la création d’un collectif permettant de faire obstacle à la politique de la liquidation de la clinique dans les institutions de soin et de formation.

En tant que praticiens, formateurs, chercheurs et universitaires, nous appelons dans un premier temps nos collègues à joindre leurs signatures à ce Manifeste pour une convergence des résistances.

Nous proposons d’amorcer la préparation d’états généraux de la clinique, à travers une première réunion qui aura lieu à Paris, le samedi 30 juin 2007, et qui sera accueillie par le Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse (SIUEERPP).

Texte à signer individuellement et collectivement sur le site.