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Langages de la souffrance : nouveaux sujets, nouveaux objets de la psychiatrie

Jeudi, janvier 17th, 2008

souffrance

Séminaire doctoral du CESAMES

(Centre de Recherche Psychotropes, Santé Mentale, Société

INSERM U611 - CNRS UMR 8136 - PARIS 5)

Anne LOVELL

De 14 à 17 heures, salle 214 (2ème étage)

Maison des Sciences de l’Homme (54 boulevard Raspail, 75006 Paris)

Contact: Anne Toppani (anne.toppani (at) paris5.sorbonne.fr)

Ce séminaire prend comme point de départ, la vie quotidienne de personnes qui se considèrent – ou qui sont considérées par les autres – comme malades mentales, voir « folles », et les divers contextes et interactions sociales à travers lesquelles s’expriment leurs expériences anomales et leurs souffrances sociales et psychiques. Dans une perspective anthropologique, nous réfléchissons sur les façons dont ces expériences et cette souffrance sont façonnées par le langage, la culture, les relations de pouvoir, les transformations scientifiques et sociales. Les sciences sociales portent leur attention sur l’expansion des systèmes de classification, le pluralisme étiologique et thérapeutique et « la biologisation du mental » dans ce qui est appelé, tour à tour, les « sociétés psychiatriques avancées », « la société thérapeutique », ou les sociétés où la santé mentale est devenue une valeur (Ehrenberg). Quant aux langages mêmes, les désigner en termes de maladie mentale, de handicap psychique, de souffrance psychique, d’addiction, de brain disorder… signifie déjà adopter l’un ou l’autre de ces langages, bien que d’autres soient possibles : religieux, éthiques, comportementaliste, etc. D’ailleurs, d’un point de vue pragmatique, le langage est déjà une action sociale. Il prend sens au sein des formes de vie auxquelles il participe, de même que ces formes de vie se plient, en quelque sorte, aux exigences du langage. Ainsi, enquêter sur « la folie » sous ses formes contemporaines commence in situ, en tant qu’enquête sur des formes de vie et des interactions sociales qui produisent et sont produites dans le langage.

Ce séminaire se centrera sur des configurations contemporaines de la psychiatrie, mais mettra l’accent plus sur les maladies et les troubles psychiques que sur l’idiome, culturellement déterminée, de la souffrance psychique, telle qu’on la comprend en France aujourd’hui. Cela dit, il n’est plus utile d’opérer un schisme analytique absolu entre les pathologies mentales et la normalité de la santé mentale, entre les modèles de réparation et les modèles de croissance, la maladie et le bien-être ; ces oppositions se dissolvent et recomposent à travers des notions pratiques telle la qualité de vie et dans le glissement vers la chronicité et même vers la prévention comme forme chronique de travail (pour emprunter les termes de l’interactionnisme symbolique) ou de self-fashioning (dans les théories de la performativité). Ce séminaire s’axera plus sur les objets classiques de la psychiatrie : les maladies mentales et la médecine mentale (les psychoses), des types les plus communs (les troubles de l’humeur) aux catégories d’émergence récente (le PTSD, le suicide en tant que catégorie psychiatrique, les addictions, etc.). Les comprendre anthropologiquement nous force à prendre en compte, en même temps, les mondes sociaux, les techniques et les objets matériels qui façonnent, mais dans un processus récursif, l’expérience de la maladie aujourd’hui : la clinique, les associations de malades et d’usagers, l’industrie pharmaceutique, le gouvernement, les chercheurs, la culture populaire, entre autres.

Chacune des cinq séances prend en compte valeurs, catégories, techniques, pratiques, ou mondes sociaux par rapport aux langages de la souffrance en psychiatrie. On examinera la rationalisation croissante de la psychiatrie à travers les mécanismes de régulation, la médecine des preuves (evidence-based medicine), les bonnes pratiques, et d’autres innovations, pour penser ensemble les techniques les plus sophistiqués (imagerie cérébrale, remédiation cognitive, pharmacogénomique, etc.) et l’expérience et les technologies ordinaires impliquée dan la contrainte de vivre avec un trouble mental (accompagnement dans le handicap psychique, ubiquité de l’écoute, auto-dépistage, automédication…), et enfin les affinités entre la psychiatrie et la culture populaire. La plupart des séances sont organisées autour d’une présentation par Anne Lovell suivie par des courtes présentations de doctorants et de chercheurs du CESAMES. L’objectif de cette approche en tandem est de nous familiariser avec les exemples empiriques, en tant qu’objets d’analyse, et de combler le fossé entre les discours sur la psychiatrie française et les véritables connaissances générées par les enquêtes de terrain. Enfin, la dernière séance prendra la forme d’une Journée Internationale du CESAMES, pour ouvrir nos analyses à des processus de plus grande envergure en matière de mondialisation et de psychiatrie mondiale.

Programme 

(jeudi 14 février): Sujets, subjectivités, personnes, gouvernance, citoyenneté sanitaire

(jeudi 13 mars): Handicap, « disabilities», retentissement

(jeudi 10 avril): L’épidémiologie psychiatrique et les enjeux des nombres et du diagnostic

(jeudi 15 mai): Traumatismes, « re-traumatisation », violences : une perspective à partir de la catastrophe Katrina

(jeudi 5 juin – 10h – 17h): La 2e journée scientifique internationale du CESAMES: La globalisation de la psychiatrie et les langages de la souffrance (traumatisme, violence, résilience)

avec les Professeurs Allan Young – McGill University, Veena Das - Johns Hopkins University et Stefania Pandolfo - University of California at Berkeley)