Déviance(s): appel à communication (Colloque 17-19 septembre 2009, Bordeaux)
janvier 19th, 2009Le CLAN, composante de l’E.A. CLIMAS (Université
Michel de Montaigne-Bordeaux 3), tiendra son
prochain colloque les 17, 18 et 19 septembre 2009
sur le thème “déviance(s)”
Si la déviance est un comportement qui
échappe aux règles admises par la société, pour
parler de déviance, il faut que soient réunis
trois éléments : existence d’une norme,
transgression de cette norme et stigmatisation de
cette transgression (« The deviant is one to whom
that label has successfully been applied »,
Becker). L’origine de la déviance n’est donc pas
à chercher dans la nature profonde de l’individu,
mais bien plutôt dans son « rôle social », lequel
détermine son identité (Mead, Berger). La
déviance s’inscrit dans une dialectique dont le
pôle opposé est forcément la norme qu’elle
enfreint. Partant le déviant est celui qui, par
consensus communautaire, est affublé d’une
étiquette (« labeling theory » ou « théorie
interactionniste de la déviance »), véritable «
stigmate social C2 (Goffman). La déviance n’est
pas une « nature », mais bien une (contre) forme
sociale. Si le principe de déviance permet de
jauger le degré de liberté qu’une société est
prête à accorder à ses membres, les normes, comme
la censure, qui sont les modes d’autoprotection
ou d’autopréservation de cette société, révèlent
quant à eux aussi bien ses valeurs que ses peurs.La déviance, en tant qu’écart ou
infraction par rapport à des normes légales,
sociales, morales ou politiques, pourra donc être
étudiée aussi bien dans la société américaine
contemporaine que d’un point de vue plus
historique, insistant, par exemple, sur
l’évolution, l’apparition ou la disparition de
tel ou tel comportement déviant en fonction des
lois, explicites ou implicites, en vigueur à tel
moment. On sera amené à interroger, aux côtés de
la déviance, des notions telles que légitimité,
relativité ou rébellion. Que se passe-t-il quand
tel écart, ou mieux encore telle exception,
devient la règle ? La déviance est-elle
véritablement subversive, ou contribue-t-elle à
la modulation ou la régulation, voire au
renforcement de la norme ?On pourra interroger en particulier le concept de
criminalité et la figure du criminel, dans toute
leur diversité, en s’attachant par exemple aux
origines, aux fo
rmes de répression ou de
prévention du crime (École de Chicago). La
déviance criminelle pourra être envisagée
également sous l’angle de ses représentations,
tant littéraires (roman policier ou roman noir)
que cinématographiques, comme de leur évolution.
Sans oublier toutes les formes plus ou moins
parodiques qui s’en sont suivies : Noir, le
dernier roman de Robert Coover, en offre un bon
exemple. Car la forme parodique relève de la
déviance en tant qu’elle constitue un écart par
rapport à la cible et par rapport aux règles qui
régissent la forme de cette dernière.Comme l’indique l’étymologie, la déviance
concerne tout ce qui s’éloigne du droit chemin -
depuis le suspens qui interrompt le cours ou le
fil du récit jusqu’à la digression qui, telle une
déviation, l’allonge, le prolonge et qu’il ne
faut pas confondre avec le détour de la ruse.
D’autant que « la digression a son bestiaire et
ses emblèmes, parmi lesquelles le monstre, les
grotesques » (Sabry), autant de formes déviantes,
elles aussi, d’« écart[s] . . . par rapport à la
nature » (Lascault), voire de symptômes, qui ont
souvent vocation à montrer (de biais) et n’en
finissent pas, dès lors, de susciter fascination
et refus.La déviance demeure un thème de prédilection de
la littérature et des arts : des “romances” de
H
awthorne ou Melville aux romans naturalistes de
Frank Norris, des textes sulfureux de Henry
Miller ou Vladimir Nabokov aux récits de la Beat
Generation, où l’usage de stupéfiants est
toujours à l’arrière-plan. Certes, l’expression
narrative ou visuelle des déviances a beaucoup
perdu de son potentiel scandaleux pour se faire
plus ludique (Vox de Nicholson Baker). C’est que
les déviances d’hier sont souvent les normes
d’aujourd’hui : d’une part, les m¦urs changent,
de l’autre, chaque ¦uvre littéraire fait appel au
langage et « court le risque ou la chance de
perdre le bénéfice de sa rupture » (Starokinski).
La déviance de Madame Bovary, même si elle n’a
pas échappé à la censure, est devenue un
paradigme littéraire, comme celle de Humbert
Humbert — peut-être parce que, de l’avis de
Richard Rorty, Humbert écrit aussi bien que
Nabokov.Si la photographie (Witkin, Arbus) et, plus
encore, le cinéma américains se sont intéressés
aux déviances de toutes sortes (Paul Morrissey,
David Lynch), c’est avant tout qu’elles sont
spectaculaires, qu’elles attirent le regard.
Outre qu’il fait sensation, le déviant peut avoir
une fonction satirique (le monstre sert à
montrer, à démontrer) ou, à l’inverse, renforcer
des valeurs traditionnelles et conforter dans ses
certitudes un public conservateur. Tout récit,
cependant, peut échapper à celui qui v
oulait s’en
servir.On pourra s’intéresser aussi à la bande dessinée
et à la musique populaire — à la façon dont ses
textes ont fait le récit de pratiques pourtant
condamnées par la loi (quelquefois sous forme de
clin d’¦il, comme dans « Lucy in the Sky with
Diamonds » des Beatles, mais souvent de manière
très explicite : « Heroin » du Velvet
Underground, écrite et chantée par Lou Reed, ou,
de façon plus extrême encore, les « explicit
lyrics » du gangsta rap).Enfin, dans son sens littéral, la déviance
renvoie à la genèse de la littérature américaine
et à sa figure tutélaire, Walt Whitman, à son
invitation à prendre la route, pas celle que tout
le monde emprunte, mais bien celle qui dévie et
s’écarte du droit chemin. De Whitman aux
transcendantalistes, des naturalistes à Kerouac,
Jackson Pollock ou Terrence Malick, les artistes
américains ont su tracer des lignes de fuite dans
l’espace géographique et artistique de leur pays.
Nous considérerons donc la déviance comme un
phénomène historique, social et esthétique, mais
aussi comme un possible espace de liberté
permettant d’échapper au déterminisme, de trouver
ou retrouver sa voie/x.Les propositions de communication (300-500 mots)
devront parvenir avant le 31 mars 2009 aux
organisateursPascale Antolin, pantolin at club-internet.fr
Arnaud Schmitt, schmitt.arnaud at orange.fr
Call for Papers
“Deviance(s)”
CLIMAS (Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3)
September 17-19, 2009_
This interdisciplinary conference invites papers
that explore the ways in which deviances and the
formation of norms and values interrelate, and
that focus on the three prerequisites to a
deviant behavior: a norm, a transgression of this
norm and the stigmatization of this transgression
(« The deviant is one to whom that label has
successfully been applied », Becker). According
to the structural-functionalist approach, the
core of deviance is not to be found in the nature
of an individual but in his/her social role,
which determines his/her identity (Mead, Berger).
Thus, the concept of deviance is dialectical and
is defined by the very norm it sets out to break.
Becker’s labeling theory suggests that deviance
is first and foremost a labeling act performed by
a community to single out one of its members
whose behavior it chooses to condemn (”stigma”,
Goffman). This labeling process makes it possible
to measure the degree of freedom a community
grants to its members, including a society’s
norms and censorship apparatus (its
self-preservation modes) which convey its values
and its fears.Deviance, as a violation of legal, social, moral
or political norms, can be studied from a
contemporary perspective (the c
urrent sociology
of deviance in America) as well as a historical
one. At the same time, notions such as legitimacy
(and legitimization), relativism and rebellion
can also be taken into consideration. What
happens when what was previously labeled as
deviant becomes the norm? Does deviance genuinely
violate the norm or is simply used to enforce it?Possible paper topics may include the concept of
crime and the figure of the criminal. Our
objective is to engage with multiple
perspectives: origins, forms of repression and
crime prevention (the Chicago school). The
organizers also wish to encourage a consideration
of the ways criminal deviance has been
represented, both in American literature and
cinema. These representations have spawned
various parodies (Robert Coover’s latest novel,
Noir, being a perfect illustration of this
trend). Parody is intrinsically deviant since it
breaks the rules inherent in the genre it
parodies.As is apparent from its etymology, deviance is
concerned with everything that deviates from the
straight (and sometimes narrow) way - be it a
linear narrative or classical mimesis. Deviance
can for instance be linked to digression which,
in turn, conjures up the monster or the grotesque
(Sabry), that is forms deviating from Nature
itself (Lascault) and gives rise both to
fascination and fear.Deviance is a favorite theme of literature –
from Hawthorne’s and Melville’s romances to Frank
Norris’s naturalistic nov
els, from Henry Miller’s
and Vladimir Nabokov’s sultry narratives to the
works of the Beat Generation. It is true that the
representations of deviance — be they textual or
visual — are far less scandalous and far more
humorous than they used to be — Nicholson
Baker’s Vox is a good example. Yesterday’s
deviance has often become today’s norm. Not only
do moral standards change but also each literary
work relies on language and runs the risk of
being less and less innovative, less and less
deviant, as time goes by (Starobinski). While
Madame Bovary’s behavior was censored for a
while, it has now turned into a literary
paradigm, like Humbert Humbert’s,American photography (Witkin, Arbus) and, even
more, American cinema have also focused on
deviance in all its garbs (Paul Morissey, David
Lynch) for deviance is always spectacular, it
always draws the spectator’s attention. While the
deviant person causes a sensation, he/she can
play a satiric role (”monster” comes from the
Latin monstrare, to show) or, conversely,
strengthen traditional values — even if no
narrative can be fully controlled by its creator.Cartoons, comics, graphic novels and popular
music, too, can be used as topics for papers.
Many songs are about illegal practices –
sometimes in the form of allusions such as the
Beatles’ s Lucy in the Sky with Diamonds but
often very explicitly - for example Heroin by the
Velvet Underground or the “explicit lyrics” of=2
0 gangsta rap.In literature on the other hand, deviance, is
associated with the genesis of American
literature and its father figure, Walt Whitman,
who invited his readers, his fellow Americans, to
leave the trodden, often straight, paths and find
their own way, however winding or deviating it
may be. And a host of American artists have done
so, each in their own fashion — from Whitman to
the Transcendentalists, from the Naturalists to
Kerouac, Jackson Pollock or Terence Malick.
Deviance will thus be considered to be a
historical, social and aesthetic phenomenon as
well as a possible space of freedom, a means to
escape determinism and to find both one’s own way
and one’s own voice.Proposals for papers (300-500 words) must be sent to
Pascale Antolin, pantolin at club-internet.fr
Arnaud Schmitt, schmitt.arnaud at orange.fr
before March 31, 2009.