Parution le 15 janvier de “l’Esprit Malade. Cerveaux, folies, individus”, Pierre-Henri Castel, Editions d’Ithaque, 352 pages (coll. Philosophie, anthropologie et psychologie”)
Vendredi, décembre 18th, 2009La quatrième de couverture de l’ouvrage :
Le formidable développement des neurosciences depuis les années 1980 présente un paradoxe, dont l’état
actuel de la psychiatrie est particulièrement révélateur. Bien qu’on n’en ait jamais su autant sur le fonctionnement du cerveau, les avancées accomplies dans ce domaine n’ont permis d’éradiquer aucune des grandes pathologies men tales connues depuis deux siècles. En revanche, le style de rationalité exigible pour les décrire, les étudier et évaluer leur traitement s’est profondément transformé. La plupart des concepts psychologiques traditionnels ont été ou sont en cours de naturalisation: c’est en termes de neurobiologie et de biostatistiques que sont désormais jugés les états mentaux. L’esprit, c’est ce qui s’explique à partir du cerveau.
En abordant ici les modèles animaux de la folie, les hystéries modernes, la dépression, l’énigme des « fous criminels » ou celle de la conscience schizophrénique, l’auteur poursuit en réalité trois tâches. Il présente d’abord, sous leur jour le plus incisif, les mutations actuelles de quelques théories psychiatriques marquées par la domination conjointe des paradigmes neuroscientifique et évolutionniste. Il vise, ensuite, à dégager les présuppositions philosophiques ultimes de la naturalisation de la folie et des états psychiques morbides qui inspirent ces théories. Il interroge, enfin, les conditions anthropologiques du succès de l’«esprit-cerveau» en psychiatrie.
L’enjeu de ces essais, qui sont animés d’une intention constamment polémique, est de défendre une perspective holiste sur l’esprit, qui en dévoile la nature essentiellement sociale (l’esprit des représentations collectives, des règles sociales, des institutions, des formes de vie, etc.) sans pour autant épouser le relativisme historique. Il s’agit de mobiliser, outre des concepts, des objets concrets et exemplaires afin de montrer que le constructivisme social, largement inspiré par Michel Foucault, ne constitue pas la seule alternative à la naturalisation de l’esprit.
Le site de Pierre-Henri Castel (directeur de recherches au CNRS et directeur du Centre de recherches Psychotropes, Santé mentale et Société, Université Paris Descartes) et des Editions d’Ithaque.
Dans la foulée, Pierre-Henri Castel inaugure une nouvelle collection :
collection «Philosophie, anthropologie, psychologie».
Les développements actuels des neurosciences cognitives ont donné au thème de l’esprit- cerveau une portée bien plus que scientifique : désormais, elles reconfigurent notre idée de l’homme. Une figure originale émerge, celle du « sujet cérébral », avec ses icônes, les images en couleur de nos cerveaux, et ses logiques, les nouvelles « neuro-disciplines » (de la neuro- économie à la neuro-éthique). Parmi ces dernières, plusieurs ambitionnent de remplacer les anciennes sciences humaines et sociales, mais aussi la psychanalyse, et toutes les formes de réflexion philosophique non-naturalistes, comme la phénoménologie. C’est désormais l’enjeu d’une nouvelle gigantomachie, comme disait Platon — la nôtre.
Philosophie, psychologie, anthropologie accueillera des travaux qui analysent cet état de fait, qui en observent les conséquences, et qui travaillent à démontrer la pertinence, sinon la nécessité des sciences humaines et des réflexions non-naturalistes face à une foule d’enjeux. Ceux-ci sont en effet autant épistémologiques que pratiques et sociaux. Car, avec l’esprit-cerveau, de nouvelle rationalités s’imposent, mais aussi de nouvelles institutions, de nouvelles techniques. On peut d’ores et déjà voir tout cela à l’œuvre en psychiatrie, dans l’éducation, dans certaines industries, dans les politiques publiques. On gardera en même temps un œil vigilant sur le quotidien de chacun et la culture commune, où les réaménagements imposés par ce nouveau paradigme global suscitent parfois aussi doutes et réticences.
Philosophie, psychologie, anthropologie mettra donc l’argumentation conceptuelle, l’établisse- ment critique des faits et l’érudition historique au service d’une inquiétude morale raisonnée touchant les mutations en cours.
actuel de la psychiatrie est particulièrement révélateur. Bien qu’on n’en ait jamais su autant sur le fonctionnement du cerveau, les avancées accomplies dans ce domaine n’ont permis d’éradiquer aucune des grandes pathologies men tales connues depuis deux siècles. En revanche, le style de rationalité exigible pour les décrire, les étudier et évaluer leur traitement s’est profondément transformé. La plupart des concepts psychologiques traditionnels ont été ou sont en cours de naturalisation: c’est en termes de neurobiologie et de biostatistiques que sont désormais jugés les états mentaux. L’esprit, c’est ce qui s’explique à partir du cerveau.