Vie et mort d’une psychothérapie optimiste

janvier 18th, 2010

LA MÉTHODE COUÉ. HISTOIRE D’UNE PRATIQUE DE GUÉRISON AU XXE SIÈCLE d’Hervé Guillemain. Seuil, “L’Univers historique”, 396 pages

Les grandes heures de la méthode Coué pendant les Années Folles.

Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux.
” C’est ainsi qu’Emile Coué (1857-1926), pharmacien de son état, préconisait à chacun de s’adresser à lui-même pour commencer la journée. Autour de lui, un nouveau réseau de praticiens se développe dans les années 1920, héritier de l’hypnose thérapeutique, mais affirmant désormais le rôle central du sujet dans sa cure. Avant de faire son entrée dans le langage courant, victime de discrédit, la méthode Coué connut des heures de gloire entre la Première et la Seconde Guerre mondiale.
La réputation internationale de Coué (véritable vedette aux Etats-Unis), l’attrait exercé par sa méthode auprès des anciens combattants, des milieux évangéliques et du public féminin, le regard plutôt bienveillant que porte sur elle la médecine: autant de réalités qui ne laissent pas a posteriori de surprendre, tout autant que l’accueil que lui réserve la psychanalyse naissante, ou les liens tissés avec des figures et des organisations du nationalisme conservateur français.
En s’appuyant sur une confrontation de la méthode Coué avec l’histoire sociale, politique, religieuse et médicale, en la resituant dans un moment clé de l’histoire des psychothérapies, Hervé Guillemain analyse les ressorts d’un succès et les raisons d’un déclin.

Sommaire:

NE METHODE NEE DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE
UNE POLITIQUE POUR L’ENTRE-DEUX-GUERRES
LA FIN D’UN CYCLE THERAPEUTIQUE
LE FACTEUR RELIGIEUX EN THERAPEUTIQUE
METHODE COUE ET PSYCHANALYSE, PRATIQUES SOEURS OU FRERES ENNEMIS ?
DANS LE CREUX DE LA MEDECINE
EPILOGUE, DE LA PRATIQUE DE LA CURE A L’EXPRESSION FIGUREE

L’auteur: Hervé Guillemain est maître de conférences en histoire à l’université du Maine et membre du CERHIO (Centre de recherches historiques de l’Ouest).
Il a publié Diriger les consciences, guérir les âmes. Une histoire comparée des pratiques thérapeutiques et religieuses (1830-1939), La Découverte, 2006.

One Response to “Vie et mort d’une psychothérapie optimiste”

  1. Samuel Lézé Says:

    Ouest-France
    La méthode Coué ressurgit avec la crise
    mardi 09 février 2010

    « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. » La formule est à répéter tous les matins au réveil et tous les soirs. Assez haut pour « entendre ses propres paroles ». La chose doit être faite « sans effort ». On peut s’aider d’une ficelle munie de vingt noeuds et répéter la phrase magique à chaque noeud.

    Voici la fameuse méthode Coué, du nom d’Émile Coué (1857-1926), pharmacien lorrain qui connut une célébrité fulgurante dans les années 1920, en France, mais aussi en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Victor Fleming, le réalisateur d’Autant en emporte le vent, lui a même consacré un film !

    Efficace à deux exceptions près…

    La fameuse méthode est censée avoir guéri bien des maux : de la constipation aux maladies de nerfs, en passant par la migraine. Les récits de guérison des patients sont étonnants : soldats traumatisés de la Grande Guerre, ouvriers, riches Anglaises, femmes de capitalistes américains… Des évangélistes aussi. Elle était réputée efficace chez tout le monde, « à deux exceptions près » : les fous et les intellectuels !

    Le bon docteur recevait chez lui, à Nancy. « Ce vieux bonhomme tranquille, qui inspirait confiance à ses patients, a assuré la transition entre le guérisseur-rebouteux et le psychothérapeute », rapporte l’historien Hervé Guillemain, enseignant au Mans, qui a consacré un ouvrage à ce « perdant ».

    Perdant, parce que tombé dans l’oubli avant d’être moqué et ridiculisé, sa méthode étant devenue synonyme de persuasion inefficace. Le premier « anti-Coué » connu est l’écrivain-médecin Louis-Ferdinand Céline: dans son Voyage au bout de la nuit, il raille cette recette miracle du bien-être.

    Comment le bon docteur a-t-il mis au point sa méthode ? Il avait expérimenté l’hypnose dans son arrière-boutique. Cette technique tombant en désuétude, il a alors suggéré au patient de se mettre en état de relaxation (et non plus de sommeil) et d’envoyer lui-même des messages positifs à son inconscient. « Ça passe, ça passe », encourageait-il. La méthode était née. Elle n’a jamais été condamnée officiellement par la médecine. La psychanalyse l’a détrônée dès les années 1940.

    La « positive attitude »

    La naissance de la sophrologie, au début des années 1970, l’a remise au goût du jour. Elle est aujourd’hui au coeur des techniques de développement personnel et de coaching au travail. « Quand il n’y a pas d’espoir social, on cherche une solution individuelle de sortie de crise », analyse Hervé Guillemain. La fameuse « positive attitude ». Des Couéistes demandent sa réhabilitation. La « Méthode » est toujours vendue et téléchargeable sur Internet.

    Hervé Guillemain n’est pas surpris. « À chaque période de crise, elle ressurgit » avec ce même message : « Positivez, tout va changer ».

    Laurence PICOLO.
    http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-La-methode-Coue-ressurgit-avec-la-crise-_3639-1257189_actu.Htm

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