Archive for février, 2010

Alain Ehrenberg, La société du malaise. Le mental et le social, Odile Jacob, 2010, 439 pages

Vendredi, février 5th, 2010

La société du malaise

L’émancipation des moeurs, les transformations de l’entreprise et celles du capitalisme semblent affaiblir les liens sociaux ; l’individu doit de plus en plus compter sur sa ” personnalité “. Il s’ensuit de nouvelles souffrances psychiques qui seraient liées à la difficulté à atteindre les idéaux qui nous sont fixés. Cette vision commune possède un défaut majeur : elle est franco-française. Comment rendre compte de la singularité française ? Et que signifie l’idée récente que la société crée des souffrances psychiques ? Croisant l’histoire de la psychanalyse et celle de l’individualisme, Alain Ehrenberg compare la façon dont les Etats-Unis et la France conçoivent les relations entre malheur personnel et mal commun, offrant ainsi une image plus claire et plus nuancée des inquiétudes logées dans le malaise français.

Sommaire
LE TOURNANT PERSONNEL DE L’INDIVIDUALISME : MALAISE DANS LA CIVILISATION OU CHANGEMENT DE L’ESPRIT DES INSTITUTIONS ?
L’ESPRIT AMERICAIN DE LA PERSONNALITE

L’inquiète confiance du self : de l’individualisme moral au caractère américain
L’ego psychodynamique de la psychanalyse américaine
D’Oedipe à Narcisse : la crise de la self-reliance
L’ESPRIT FRANÇAIS DE L’INSTITUTION
Le sujet de la psychanalyse française
De l’autonomie comme aspiration à l’autonomie comme condition
Le malheur de l’horizontalité ou les habits neufs de l’idée républicaine
Le travail, la souffrance, la reconnaissance
LES AFFECTIONS ELECTIVES OU L’ATTITUDE INDIVIDUALISTE FACE A L’ADVERSITE

JE : Institutions de la folie. Expériences psychiatriques judiciaires, hospitalières et militaires. XIXe-XXe siècles.

Vendredi, février 5th, 2010

Cycle de journées d’études organisées par le CRULH (Centre régional universitaire lorrain d’histoire) et le CERHIO (Centre de recherches historiques de l’Ouest)

Cycle de journées d’études - De la fureur à la dangerosité. Folie violente/folie dangereuse au XIXe siècleLes malades dans l’institution psychiatrique au XXe siècle (Université de Nancy) - 11 mars 2010. - (Université du Maine - Le Mans) - 7 avril 2010. - Du front à l’asile. Expériences de la folie de la Grande guerre aux années vingt (Université du Maine - Le Mans - 20 octobre 2010.

I. La dangerosité est devenue aujourd’hui un critère essentiel de classement des individus dont les malades mentaux, mais aussi les délinquants, font largement les frais. Ce concept crée un espace nouveau où crime et trouble mental, médecine et justice, punition, prévention et soin, asile et prison enfin, tendent à se fondre suivant une logique nouvelle qui est celle de la gestion des risques. Le rapport des sujets-citoyens à l’État en est transformé en un sens qui renvoie au pouvoir de normalisation défini par Michel Foucault. Cette journée d’études se propose de revenir sur l’émergence relativement récente de cette idée.

Si l’occurrence date du xxe siècle (1969), le concept émerge à la fin du xixe siècle, aux confins du droit et de la médecine, face à une justice qui à partir des années 1880 se détourne de la morale spiritualiste de la faute pour s’attacher à la protection de la société — la défense sociale — individualisant les peines en fonction de critères psychologiques. C’est dans ce contexte que l’on propose de nouvelles formes d’hôpitaux-prison, que l’on discute des articles 18 et 19 de la loi de 1838 sur l’internement d’office et que les médecins-experts sont requis par les cours d’assises pour estimer l’anormalité et la dangerosité des délinquants, dans le cadre de conceptions médicales qui insistent sur les déterminismes biologiques et la dégénérescence.

Pourtant l’idée d’un danger potentiel de la folie, ou d’une violence inhérente à la folie, n’est pas nouvelle. Elle est contenue dans un terme très ancien, la fureur, d’origine également médicale et juridique qui au contraire disparaît au cours du xixe siècle.

L’objectif de cette journée d’études est de cerner les logiques qui président au passage de la fureur à la dangerosité et les traductions institutionnelles qu’elles autorisent tant du côté de la médecine que de celui de la justice.

Programme

Matinée 10h-12h

1 Danger, fureur, dangerosité : généalogie d’un concept

  • Pascal Vielfaure, Pr., Université Montpellier 1, « Dangerosité et défense sociale : évolution des conceptions juridiques »
  • Hervé Guillemain, MCF, Université du Maine, « Des furieux briseurs de croix au parricide de Mansigné. Aperçus sur les conceptions de la  “dangerosité” masculine à l’asile du Mans »
  • Laurence Guignard, MCF, Université Nancy2, « La dangerosité aux Assises avant la Défense sociale (1860-1880)» 

Après midi 14h-16h

2 Les figures du danger

  • Philippe Artières, Chargé de recherches, CNRS (Lahic-UMR 2558), « Dangereuses  écritures »
  • Aude Fauvel, Postdoctorante, Max Planck Institute for the History of Science, « Les femmes peuvent-elles être dangereuses ? Misogynie, psychiatrie et justice en France et en Grande-Bretagne »
  • Jean-Christophe Coffin, MCF, Paris V, « La construction du fou dangereux : entre la biologie et la nécessité sociale » 

16h30-18h

3 Internement/prison : les moyens de la régulation

  • Delphine Moreau, Doctorante, EHESS, « Violence normale et violence anormale dans un service “ordinaire” d’hospitalisation psychiatrique »
  • Véronique Fau-Vincenti, CNRS - Musée d’histoire vivante de Montreuil, « Avant les UMD : les asiles pour aliénés criminels; Gaillon 1876 et Villejuif en 1905 » 

Discutants : Samuel Lézé (Anthropologue, CNRS-IRIS), Yves Mausen (Historien du droit, Pr. Université Montpellier-1)

Lieu : Salle G 04 , CLSH, Place Godefroy de Bouillon, 54 000 Nancy  .
Organisation : Laurence Guignard  (laurence.guignard@univ-nancy2.fr)

II. L’histoire des malades internés ne tient qu’une place réduite dans une historiographie française plutôt centrée sur la description d’un ordre asilaire uniforme et travaillant surtout à partir du discours médical. Les recherches des dernières années, qu’elles portent sur le xixe ou sur le xxe siècles, montrent l’intérêt d’une approche qui serait plus attentive à cette histoire des sujets internés. Les archives des hôpitaux et des institutions psychiatriques, qui ont été essentiellement exploitées pour décrire le quotidien de l’ordre asilaire et les processus d’internements, pourraient être revisitées en ce sens.

Sans exclure a priori d’autres sources qui se révèleraient pertinentes pour dire la place des malades dans les institutions psychiatriques, on sera donc particulièrement attentif aux archives hospitalières dans le cadre de cette journée prospective. Quelques entrées thématiques peuvent être avancées. Tout d’abord celle de l’évolution des modalités d’expression des malades dans l’institution (art-thérapie, groupes de paroles, journaux hospitaliers, correspondances et écrits, etc.). Puis  celle de l’attitude médicale face à la parole des malades (interprétation, transcription). Enfin celle des modes d’intégration des malades au fonctionnement de l’institution. Si la deuxième moitié du xxe siècle s’impose logiquement pour décrire ce dernier aspect de la thématique (émergence de la psychiatrie de secteur, des associations de malades, de nouvelles formes de sociabilités institutionnelles), il ne faudra néanmoins pas négliger la manière dont, dans la période précédente, certains malades ont pu durant leur période d’internement contribuer activement à la vie de l’institution (société de patronage, emploi par l’institution etc.). Ces entrées principales ne doivent cependant pas limiter les interrogations portant sur la faiblesse constitutive du rôle actif des malades dans l’institution et sur leur progressif détachement - dans les dernières décennies du XXe siècle.

Cette journée d’études s’inscrit dans un ensemble de manifestations culturelles et scientifiques portant sur l’histoire de la folie et de la psychiatrie aux xixe et xxie siècles qui prendra place du printemps à l’automne 2010 (http://histoire-psy.univ-lemans.fr/)

Programme

10h00-17h00

  • Aude Fauvel (Maison française d’oxford), « Bedlam ou Charenton ? Vivre à l’asile en 1900, témoignages de patients français et britanniques ». 
  • Isabelle von Bueltzinglsoewen (Maitre de conférences à l’université Lyon II), « Quel(s) malade(s) pour quel(s) asile(s). Les débats sur l’internement dans l’entre-deux-guerres » 
  • Hervé Guillemain (Maitre de conférences à l’Université du Maine), « Charles et Félix. Figures du bon malade : du secrétaire au délégué de pavillon.»
  • Emmanuel Delille (Insitut für Europäische Geschichte, chercheur associé au Centre Marc Bloch de Berlin), « Le Bon Sens (1949-1974) de l’Association d’Entraide Psycho-Sociale Féminine d’Eure et Loir : expression, intégration, puis détachement des malades vis-à-vis du service d’Henri Ey ». 
  • Benoit Majerus (FNRS Université libre de Bruxelles), « Dire la folie. Expériences de patients psychiatriques (1930-1980) ». 
  • Jean Christophe Coffin (maitre de conférences à l’Université Paris V René Descartes), « Face à la violence du patient. Permanences, évidences, recompositions ».
  • Vincent Guérin (université d’Angers), « La Mise en place de la sectorisation : une transition dans l’organisation de l’hôpital psychiatrique et dans la vie des malades : Sainte-Gemmes-sur-Loire 1971-1977. »
  • Nicolas Henckès (sociologue, Cermes, CNRS/INSERM/EHESS/UPD), « Entre « nos malades » et « le docteur », l’UNAFAM et la représentation des familles face à la psychiatrie, 1960-1990 ».
  • Clément Fromentin (Médecin, ASM 13), “Les hearing voicers”

Lieu : Abbaye de l’Epau - Le Mans

Organisation : Hervé Guillemain herve.guillemain@univ-lemans.fr

III. Comment l’asile a-t-il traversé la Grande guerre ? Est-il possible de parler de l’expérience des soldats internés durant le conflit et parfois pour de longues années ? L’historiographie la plus récente et la mémoire professionnelle, insistant toutes deux sur le rôle majeur de la Seconde Guerre mondiale comme matrice de la révolution psychiatrique du XXe siècle, ces questions portant sur la période précédente sont pour l’essentiel restées incongrues ou inopérantes.

Cette journée d’études prospective propose d’interroger la place de la Grande guerre dans cette histoire en s’ouvrant aux autres disciplines, aux problématiques issues de l’historiographie portant sur le premier conflit mondial, et en se nourrissant des travaux des historiens anglo-saxons et allemands qui montrent pour d’autres pays européens comment la Grande guerre a pu contribuer à transformer les pratiques psychiatriques et les conceptions scientifiques, le vécu des sujets et leur place dans l’institution. Sans privilégier une source en particulier, il s’agira donc au cours de cette journée de travailler selon deux axes de recherche : l’expérience institutionnelle asilaire de la guerre et son impact dans l’entre-deux-guerres, la description de l’expérience individuelle et familiale de la folie du front à l’asile.

Programme à déterminer

Pour cette dernière journée, un appel à communication est lancé

Collection «Terra Cognita», Editions de l’Eclat

Vendredi, février 5th, 2010

A découvrir cette nouvelle collection d’anthropologie qui décloisonne la discipline, son objet et surtout, ses traditions nationales :

Après la disparition des Editions Kargo (dont les ouvrages étaient co-édités par les Éditions de l’éclat), son fondateur Alexandre Laumonier propose ici une nouvelle collection autour de l’anthropologie. Editorialement, il s’agit de proposer des textes sur des domaines assez variés mais où l’anthropologie aura toute sa place, qu’il s’agisse de sujets véritablement anthropologiques (comme le droit intellectuel des minorités sud-américaines face à l’industrie phramaceutique), ou non. Il s’agira, par l’anthropologie, d’aborder autrement et de manière plus large des sujets qui ont trop longtemps été abordés de manière singulière, via les études culturelles ou post-coloniales par exemple, qui ont tendance à s’essouffler. Au-delà de ce parti-pris, l’idée est également de réduire l’écart entre des approches anthropologiques françaises et anglo-saxonnes ou sud-américaines. Commercialement, l’objectif est de permettre au plus grand nombre l’accès à ces ouvrages, qui feront entre 96 et 144 pages chaque, dans un format poche (11 x 17 cm), aux couvertures unies de couleur métallisée, et seront vendus au prix de 10 euros (à la fois un maximum commercial, et un minimum compte-tenu des coûts des traductions). Enfin, ces ouvrages ne contiennent pas de notes de bas de pages, et aucune division en chapitres. Il s’agit avant tout de textes lisibles, accessibles à tous et joyeusement provocateurs pour certains.

Dernier titre que je recommande :

La génétique néo-libérale - les mythes de la psychologie évolutionniste

De Susan McKinnon

La génétique néo-libéraleLa psychologie évolutionniste (ou évopsy) se veut être la science autoritaire de la « nature humaine ». Ses défenseurs (qui commencent à sévir en France depuis quelques années) ont réussi à construire une tour d’ivoire tout en gagnant une large audience et une influence notable sur les discours publics. Mais quelle réponse propose réellement la psychologie évolutionniste en ce qui concerne le langage, la sexualité ou les relations sociales ? « Aucune… » répond Susan McKinnon.

Rappelons que la psychologie évolutionniste est une branche de la psychologie culturelle qui pense l’être humain à partir de la théorie de l’évolution biologique darwinienne, supposant donc que le cerveau, tout comme le corps, est le produit d’une évolution. Elle a pour objectif de démontrer que l’être humain raisonne en fonction de « modules mentaux » innés, et qu’il existe une seule nature humaine universelle formattant les diverses cultures du monde. Or, le fait de considérer qu’il existe une nature humaine unique (et que la culture soit fabriquées par l’homme) est théoriquement suspicieux, notamment aux yeux des anthropologues (cf. les travaux de Marshall Sahlins, Eduardo Viveiros de Castro, Philippe Descola).

Susan McKinnon démontre que la psychologie évolutionniste est une « pseudo-science » qui transforme la génétique évolutionniste en un mythe sur les origines de l’homme ; plus grave, ce mythe est modelé par des valeurs néo-libérales et repose sur une compréhension ethnocentrique des concepts de genre, de relations sociales, de parenté. Un ouvrage indispensable pour lutter contre certaines idées pseudo-scientifiques qui n’ont aucun fondement anthropologique, mais qui arrivent néanmoins à produire leurs effets néfastes dans les appréhensions du monde et des autres qui sont les nôtres.