A découvrir cette nouvelle collection d’anthropologie qui décloisonne la discipline, son objet et surtout, ses traditions nationales :
Après la disparition des Editions Kargo (dont les ouvrages étaient co-édités par les Éditions de l’éclat), son fondateur Alexandre Laumonier propose ici une nouvelle collection autour de l’anthropologie. Editorialement, il s’agit de proposer des textes sur des domaines assez variés mais où l’anthropologie aura toute sa place, qu’il s’agisse de sujets véritablement anthropologiques (comme le droit intellectuel des minorités sud-américaines face à l’industrie phramaceutique), ou non. Il s’agira, par l’anthropologie, d’aborder autrement et de manière plus large des sujets qui ont trop longtemps été abordés de manière singulière, via les études culturelles ou post-coloniales par exemple, qui ont tendance à s’essouffler. Au-delà de ce parti-pris, l’idée est également de réduire l’écart entre des approches anthropologiques françaises et anglo-saxonnes ou sud-américaines. Commercialement, l’objectif est de permettre au plus grand nombre l’accès à ces ouvrages, qui feront entre 96 et 144 pages chaque, dans un format poche (11 x 17 cm), aux couvertures unies de couleur métallisée, et seront vendus au prix de 10 euros (à la fois un maximum commercial, et un minimum compte-tenu des coûts des traductions). Enfin, ces ouvrages ne contiennent pas de notes de bas de pages, et aucune division en chapitres. Il s’agit avant tout de textes lisibles, accessibles à tous et joyeusement provocateurs pour certains.
Dernier titre que je recommande :
La génétique néo-libérale - les mythes de la psychologie évolutionniste
De Susan McKinnon
La psychologie évolutionniste (ou évopsy) se veut être la science autoritaire de la « nature humaine ». Ses défenseurs (qui commencent à sévir en France depuis quelques années) ont réussi à construire une tour d’ivoire tout en gagnant une large audience et une influence notable sur les discours publics. Mais quelle réponse propose réellement la psychologie évolutionniste en ce qui concerne le langage, la sexualité ou les relations sociales ? « Aucune… » répond Susan McKinnon.
Rappelons que la psychologie évolutionniste est une branche de la psychologie culturelle qui pense l’être humain à partir de la théorie de l’évolution biologique darwinienne, supposant donc que le cerveau, tout comme le corps, est le produit d’une évolution. Elle a pour objectif de démontrer que l’être humain raisonne en fonction de « modules mentaux » innés, et qu’il existe une seule nature humaine universelle formattant les diverses cultures du monde. Or, le fait de considérer qu’il existe une nature humaine unique (et que la culture soit fabriquées par l’homme) est théoriquement suspicieux, notamment aux yeux des anthropologues (cf. les travaux de Marshall Sahlins, Eduardo Viveiros de Castro, Philippe Descola).
Susan McKinnon démontre que la psychologie évolutionniste est une « pseudo-science » qui transforme la génétique évolutionniste en un mythe sur les origines de l’homme ; plus grave, ce mythe est modelé par des valeurs néo-libérales et repose sur une compréhension ethnocentrique des concepts de genre, de relations sociales, de parenté. Un ouvrage indispensable pour lutter contre certaines idées pseudo-scientifiques qui n’ont aucun fondement anthropologique, mais qui arrivent néanmoins à produire leurs effets néfastes dans les appréhensions du monde et des autres qui sont les nôtres.