“Peut –on critiquer la psychanalyse sans Michel Onfray ?”, Du Grain à moudre, France-culture, mercredi 22 décembre 2010

décembre 23rd, 2010

Peut-on critiquer la psychanalyse sans Michel Onfray ?  Pour être un clin d’œil, la question n’en est pas moins sérieuse : l’un des effets de la polémique engagée autour du livre sur Freud de Michel Onfray est d’avoir laissé croire que son ouvrage subsumait toutes les critiques voire même toute la pensée critique autour du sujet – ce qui est loin, très loin, d’être le cas. Autre conséquence de cette pensée à l’emporte-pièce, tout le champ thérapeutique de la psyché tend à être ramené à la psychanalyse et de facto enterré dans le même sac. Or, si l’on est en droit de s’interroger sur la valeur thérapeutique et scientifique de la psychanalyse, on trouve difficilement la voie pour le faire sans être immédiatement catalogué comme partisan d’un positivisme étroit ou d’un organicisme suspect.

Si elle se porte bien en cabinet, la pratique psychanalytique est aujourd’hui marginalisée dans les services de psychiatrie hospitaliers. La théorie, elle, a irrigué la majorité des écoles thérapeutiques : la plupart des méthodes qui se posent en concurrence directe avec l’analyse découlent en effet de l’approche dynamique inventée par Freud, ne serait-ce que parce beaucoup reposent sur la parole. Comme l’écrit la psychanalyste Anne Millet, la question prend la forme d’un paradoxe singulier : « d’un côté, une découverte (la psychanalyse) qui reste inégalée dans ses avancées épistémologiques et sa connaissance du fonctionnement psychique ; de l’autre une méthode qui se voit de plus en plus marginalisée, contestée dans ses principes et son efficacité. »


Invité(s) :
Jacques Miermont , psychiatre des hôpitaux, Président de la Société Française de Thérapie Familiale
Christophe André, médecin psychiatre dans le service hospitalo-universitaire de l’hôpital Sainte-Anne, à Paris
Roland Gori, psychanalyste, Professeur émérite des Universités, co-initiateur de L’Appel des appels
Franck Chaumon, psychanalyste et psychiatre, animateur de l’Association Pratique de la folie

A écouter ici

Et à lire dans la revue de l’AFIS, en regard du numéro thématique du magazine Sciences-Humaines :

N° 293 - Hors-série Psychanalyse - décembre 2010

Le déclin d’une illusion

couv293La psychanalyse aura marqué le 20e siècle. C’est à partir de 1895 que Sigmund Freud développe sa théorie qui sera ensuite reprise sous des formes très variées, parfois antagonistes quant à leurs principes, en fonction des écoles et des thérapeutes. Après avoir largement régné, au milieu du siècle, dans le monde de la psychologie et de la psychiatrie, la psychanalyse a été progressivement remise en cause, en particulier dans les pays anglo-saxons, avec le développement de la psychologie expérimentale, et plus généralement, celui de la médecine fondée sur les faits (evidence-based medecine).

À l’orée du 21e siècle, dans la majorité des pays, la psychanalyse n’est plus enseignée comme une théorie fondamentale dans les cursus médicaux ou psychologique. Certains pays font encore exception, en particulier la France et l’Argentine. Toutefois, le même mouvement se dessine maintenant en France, avec les mêmes causes : les avancées de la médecine scientifique, celle qui se soucie d’évaluer et valider ses résultats sur la base d’expériences.

Analyses psychologiques et psychanalyses : un capharnaüm (Jacques Van Rillaer) p. 4
La Chute de la Maison Freud (Jacques Bénesteau) p. 13

Des prétentions scientifiques infondées

La psychanalyse se prétend une théorie scientifique de l’esprit, de l’inconscient et des comportements humains. Or, sur le plan scientifique, elle possède tous les attributs d’une pseudo-science : elle récuse ce qui fonde la méthode scientifique habituelle ; elle se retrouve en contradiction avec les connaissances scientifiques acquises dans d’autres domaines (anthropologie, psychologie du développement, neurologie, génétique). Sur le plan de ses concepts, la psychanalyse navigue souvent entre chamanisme et parapsychologie.

La parapsychologie freudienne (Michel Onfray) p. 21
Le dualisme méthodologique peut-il sauver la psychanalyse ? (Jean Bricmont) p. 30
Darwin, Freud et l’évolution (Pascal Picq) p. 36
Développement cognitif : Interactions génétiques et psychosociales (Franck Ramus) p. 50
La neuropsychanalyse, un « faux nez » pour la psychanalyse ? (Laurent Vercueil) p. 58
Amnésie infantile ou fariboles freudiennes ? (René Pommier) p. 66
En complément sur le site
Freud exorciste de l’inconscient (Patrice Van den Reysen)

Les prétentions thérapeutiques : une imposture entre occultisme et suggestion

En imposant ses explications et ses méthodes thérapeutiques, la psychanalyse a empêché la mise au point ou le développement de traitements adaptés, la prise en charge appropriée de patients souffrant de diverses pathologies (enfants autistes, addiction aux drogues, etc.). En lieu et place, elle a instauré des pratiques ayant parfois plus à voir avec le chamanisme, s’appuyant souvent sur la suggestion issue du rapport entre le patient et le thérapeute. Sur le terreau de la psychanalyse orthodoxe s’est également développé un labyrinthe d’autres pratiques, plus exotiques en apparence, mais tout aussi infondées en pratique.

Psychanalyse et addictions (Gilbert Lagrue) p. 75
Une autre invention psychanalytique : Les personnalités multiples (Brigitte Axelrad) p. 80
Quelques thérapies folkloriques d’inspiration psychanalytique (Nicolas Gauvrit) p. 87
Comment Lacan psychanalysait (Jacques Van Rillaer) p. 96
Psychanalyse et évaluation p. 107

Une place injustifiée dans la société

Si la psychanalyse suit en France, avec retard, le mouvement observé ailleurs ces 30 dernières années, à savoir sa disparition du champ de la science, de la psychologie et de la médecine, elle continue néanmoins à occuper un espace injustifié, que ce soit dans l’« expertise » juridique (se souvient-on que les experts du procès Outreau se réclamaient de la psychanalyse ?), dans la psychologie « grand public » (journaux et télévision).

Les récentes controverses sur l’attribution du titre de psychothérapeute, le retrait en 2005 par le gouvernement d’un rapport scientifique de l’Inserm, sous la pression des associations psychanalytiques, montre que les autorités politiques manquent encore bien de courage pour déterminer une politique de santé publique rationnelle, orientée vers l’intérêt et la santé des patients.

La psychanalyse et les médias (Jean-Louis Racca) p. 112
Le pouvoir (pas le moins du monde occulte) des psychanalystes (Esteve Freixa i Baqué) p. 120
De profundis… (Nadine de Vos) p. 133
Une supercherie pour le siècle (Aldous Huxley) p. 135

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