Recherches
Dans une perspective d’anthropologie politique et morale, je m’intéresse aux enjeux contemporains de la santé mentale. Il s’agit de comprendre les questions politiques que soulèvent les problèmes de santé mentale de plus en plus présents dans notre société et les réponses politiques qui y sont apportées en termes de programme de santé publique. Considérée comme un espace politique et une notion faisant l’objet d’une lutte de définition, la santé mentale constitue par conséquent un double révélateur social : (i). des enjeux particuliers au champ de la médecine mentale depuis la décomposition-recomposition du mandat social de la psychiatrie à la construction, par la psychanalyse, d’une juridiction des problèmes personnels. (ii). des enjeux généraux concernant la nature et les troubles du lien social aujourd’hui, de la production sociale de la folie à la production sociale des subjectivités.
En tant que chercheur postdoctorant CNRS au sein du programme Économies morales contemporaines dirigé par Didier Fassin, le souci des adolescents au delà de la psychopathologie constitue un nouveau terrain d’investigation pour saisir la constitution d’une nouvelle cible d’intervention publique à partir d’un savoir et d’un dispositif inédits. in english
I. Domaines :
A. Anthropologie politique de la santé mentale
i. Professions de santé mentale et expertise
ii. Pouvoir de guérir et autorité cognitive
iii. Morale, déviance, émotion et santé
B. Epistémologie et didactique
i. Concepts anthropologiques
ii. Travail de terrain: totalité et totalisation
iii. Enseignement de l’anthropologie
II. Thématiques de recherche :
A. Politiques des problèmes personnels: juridiction et carrière
B. La pratique des psychanalystes
C. Justice et psychiatrie: expertise psychiatrique et soins psychiatriques en prison
D. Psychopathologie de l’adolescence
III. Recherche en cours :
1. Le souci des adolescents (2009-2011)
2. Soins psychiatriques en prison (enquête en 2008)
« Les modes de coordination entre intervenants en santé mental en milieu carcéral. Logiques professionnelles et dynamiques organisationnelles ». [T. Le Bianic (dir.), F. Fernandez, S. Lézé et G. Malochet]
Recherche financée par l’INHES (Institut National des Hautes Etudes de Sécurité, Ministère de l’Intérieur), mars 2008-sept. 2009.
3. Politiques de l’expertise psychiatrique (enquête GIP mission “Recherche Justice” en 2008-2009)
[A. Bensa (dir.), A. Di Trani, O. Doron, F. Fernandez, S. Lézé]
4. L’autorité des psychanalystes. L’espace politique de la santé mentale en France (1997-2007).
Cette thèse porte sur l’autorité des psychanalystes en France à partir de la place ambiguë qu’occupe la psychanalyse dans l’espace politique de la santé mentale, à la frontière du champ médical et du champ intellectuel. La recherche repose sur un travail de terrain approfondi dans le monde social de la psychanalyse parisienne. Chaque partie de l’étude s’organise autour de la reconstruction d’un espace – intellectuel, politique et thérapeutique – où se dégagent trois grandes lignes d’action:
Une politique de l’enquête: en confrontant le cheminement de l’enquêteur sur son terrain et l’histoire théorique de son objet (à partir de deux corpus de littérature en sociologie de la psychanalyse et de la santé mentale), la première partie dégage les fondements d’une anthropologie politique de la santé mentale. Dès lors, à travers le comportement politique des freudiens et leurs organisations militantes dans un espace de représentation, une conjoncture donnée et un type de carrière morale, il s’agit d’étudier la genèse, le développement et la contestation d’un régime d’autorité.
Une politique du freudisme: ce cadre théorique est opératoire pour analyser, dans la deuxième partie, les lignes d’action mises en Å“uvre par les freudiens lors de trois grands foyers événementiels entre 1997 et 2007 (États généraux de la psychanalyse, projet de réglementation des psychothérapies et Livre noir de la psychanalyse). Cette situation, marquée par un bouleversement du rapport de forces entre métiers de la santé mentale, est abordée en terme de conflits de territoire avec pour enjeu le contrôle de la clinique des problèmes personnels. Ainsi, l’autorité culturelle de la psychanalyse est mise en jeu par une autorité professionnelle et épistémique.
Une politique du trouble: l’état des rapports de force sur le territoire des problèmes personnels façonne la rencontre de l’offre et de la demande. À partir d’entretiens effectués avec des patients, des psychanalystes et l’ethnographie d’un hôpital de jour pour adolescents, cette troisième partie reconstruit une carrière morale débutant par une quête de guérison au sein d’un système de soin opaque et complexe où domine le pluralisme thérapeutique. Sur ce marché, l’autorité du psychanalyste se développe selon les modalités d’une relation d’assujettissement-subjectivation.